Trois ans de prison ferme requis contre l'ex-ministre Jérôme Cahuzac

Jérôme Cahuzac a démissionné de son poste de ministre du Budget en 2013 après avoir été mis en cause pour fraude fiscale. - Geoffroy Van Der Hasselt - AFP
Le parquet de Paris a requis mercredi trois ans de prison ferme à l'encontre de l'ex-ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, lors de son procès pour fraude fiscale et blanchiment. La procureure Eliane Houlette a estimé que c'était le juste prix de la "trahison" pour avoir "sacrifié tous les principes pour l'appât du gain". Deux ans de prison ont été demandé à l'encontre de Patricia Cahuzac, qui, selon le parquet, a "surpassé" son mari "dans la dissimulation de ses avoirs au fisc".
"Préjudice moral considérable"
Les réquisitions du parquet financier ont satisfait l'Etat, qui s'est porté partie civile dans ce procès. "Je crois que du côté du ministère public une réponse a été donnée à ce souci de voir prendre en compte l’importance de cette affaire", a estimé Me Xavier Normand-Bodard, l'avocat de l'Etat. Selon lui, "le dommage pour l’Etat est immense parce qu'une affaire de cette importance, non seulement par l’existence d’une multitude de procédés frauduleux, mais par le fait que l’auteur essentiel de ces procédés était ministre du budget a un impact tout à fait considérable".
"C’est un préjudice matériel, financier bien sûr par les moyens que l’état a dû consacrer à cette affaire mais c’est un préjudice moral tout à fait considérable", poursuit l'avocat qui a annoncé avoir demandé des réparations pécuniaires.
La procureure Eliane Houlette a également réclamé une amende de 1.875.000 euros - le maximum - à l'encontre de la banque Reyl, la banque suisse qui gérait les comptes de Jérôme Cahuzac, ainsi que 18 mois de prison avec sursis et 375.000 euros d'amende à l'encontre de François Reyl, le directeur de l'établissement.
"Vous avez porté atteinte à la France"
Le réquisitoire de la procureure du parquet national financier s'est concentré sur la "trahison" de l'ancien ministre du Budget qui s'est renfoncé un peu plus dans son siège. Des mots choisis et cinglants pour parler de cette fraude fiscale organisée depuis près de 20 ans. "La délinquance de droit commun porte-t-elle d’avantage atteinte aux biens que la criminalité financière ? Non, bien sûr", a-t-elle lancé au prévenu.
"M. Cahuzac vous avez porté atteinte à l’image et à la réputation de la France devenant la risée du monde", a martelé la représentante du parquet.
Au cours de ce procès, Jérôme Cahuzac a expliqué que l'argent placé sur ses comptes à l'étranger devait servir au financement de l'activité politique de Michel Rocard. Des révélations inédites que l'ancien ministre n'avait jamais faites auparavant. "Certes, vous ne revendiquez qu’un tiers de la somme retrouvée sur votre compte à votre nom placé à Singapour", reconnaît Eliane Houlette avant de poser une question.
"Quel crédit apporter à votre parole? Et quand bien même l’éthique politique n’eut-elle pas été de refuser de transgresser la loi", lance-t-elle, cinglante.












