Sciences Po : « Nous étions soit intimidés, soit achetés »

Sciences Po Paris - -
Le rapport est accablant. Selon la Cour des comptes, la gestion financière de Sciences Po sous la présidence de Richard Descoings, six mois après sa mort, était tout simplement désastreuse. Primes démesurées, des enseignants qui ne font pas leurs heures ou des avantages luxueux, Richard Descoings semble avoir fait preuve de largesse, le tout sans aucun contrôle de l’Etat qui lui verse pourtant une subvention de 62 millions d’euros, en hausse d’un tiers entre 2005 et 2010.
L'institution financière demande donc au ministère de l'Enseignement supérieur de « revoir au moins en partie sa subvention à la baisse ». Pas de réponse officielle pour le moment, la ministre de l'Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, ne voulant s’exprimer qu'à la publication du rapport définitif, d'ici fin novembre.
Une année payée à 100% pour 17 heures de cours
Philippe Braud, professeur émérite de Sciences Po Paris, y a enseigné les sciences politiques pendant 12 ans, avant de prendre sa retraite l'année dernière. Et les gaspillages, il connaît : « Le seul fait qu’on ne demande pas aux universitaires de faire leur service, c’est une forme de gaspillage, regrette-t-il. Un prof d’université doit faire 128 heures d’enseignement dans l’année. Or, la majorité faisait 60, 50 heures, et d’aucun en ont fait fort peu. J’en suis un exemple : mes cours ayant été supprimés, j’ai insisté pour qu’on me donne un service et je n’ai obtenu aucune réponse. Donc j’étais payé à 100% la dernière année pour faire 17 heures de cours, ce que je trouve scandaleux ! »
« J’ai fait preuve d’une certaine liberté de parole, les primes ont disparu »
Peut-être pire que la mauvaise gestion, Philippe Braud dénonce un système de primes « proche du clientélisme » et « opaque, dont les contours pouvaient être extrêmement variables ». Elles pouvaient atteindre « des montants astronomiques » pour ce que le professeur à la retraite appelle « le cercle intérieur ». « Ces primes apparaissaient ou disparaissaient largement en fonction de la faveur qui était la nôtre auprès du directeur. Par exemple, j’ai fait preuve d’une certaine liberté de parole, c’est la raison pour laquelle ces primes, qui ont toujours été modestes en ce qui me concerne, ont disparu, dénonce-t-il, avant de conclure : c’est vrai que dans cet établissement, nous étions soient intimidés, soit achetés ».
Richard Descoings lui-même se versait un salaire de plus de 530 000 euros. Un salaire en hausse de 60% en six ans, et qui n’avait pas été voté en conseil d’administration.












