OSSERVATORE ROMANO / AFP
INFOGRAPHIES. Votants, mode de scrutin, fumée blanche... Comment le conclave va élire le prochain pape
Un moment d'histoire. À partir de ce mercredi 7 mai, plus de 130 cardinaux venus des quatre coins de la planète vont s'enfermer dans la cité du Vatican pour choisir le successeur du pape François, mort le 21 avril dernier.
A l'issue de ce conclave, l'un de ces prélats va devenir le 267e souverain pontife et régner sur 1,4 milliard de catholiques. Mais avant de se présenter au balcon de la basilique Saint-Pierre, le nouveau pape aura été élu selon des règles bien spécifiques édictées par Constitution apostolique Universi Dominici Gregis promulguée par Jean-Paul II en 1996.
· Qui va élire le pape?
Le pape est élu par un collège de cardinaux, des religieux choisis par le pape pour participer au gouvernement de l'Église et à l'élection de son chef. Le souverain pontife étant aussi l'évêque de Rome, il est traditionnellement choisi par le clergé romain. Les cardinaux reçoivent donc à leur création (nomination) la charge d'une église de Rome ou d'un diocèse voisin de la ville éternelle.
Il existe plus de 250 cardinaux dans quelque 70 pays mais une centaine d'entre eux sont exclus d'office du vote car ils sont âgés de plus de 80 ans. Le collège cardinalice est donc composé de 135 cardinaux, dont 108 ont été créés par le pape François. Certains ont finalement renoncé à participer au vote, ce qui porte le nombre de cardinaux-électeurs à 133.
Les Européens seront les plus nombreux dans la chapelle Sixtine, avec 52 représentants, soit 39% des votants. En 2013, lors du conclave ayant abouti à l'élection du pape François, les "Éminences" exerçant en Europe étaient 60 sur 115 (52%).
Cinq cardinaux-électeurs sont Français: Christophe Pierre, nonce apostolique aux États-Unis, Dominique Mamberti, préfet du tribunal de la signature apostolique, Philippe Barbarin, archevêque émérite de Lyon, Jean-Marc Aveline, archevêque émérite de Marseille et François-Xavier Bustillo, évêque d’Ajaccio.
Après l'Europe, l'Asie est le deuxième continent le plus représenté (23 cardinaux), suivie par l'Amérique du Sud et l'Amérique centrale (21), l'Afrique (17), l'Amérique du Nord (16) et l'Océanie (4), selon les chiffres du Saint-Siège.
· Comment se prépare le conclave?
Le conclave (mot venu du latin signifiant pièce fermée à clé) désigne la période durant laquelle les cardinaux se coupent du monde pour choisir le successeur de saint Pierre. Ce mode d'élection à huis clos a été enterriné au XIIIe siècle par le pape Grégoire X pour accélérer le vote et éviter que la période de vacance du Saint-Siège (sede vacante) ne s'éternise. Ainsi, les cardinaux ne peuvent pas quitter le Vatican tant qu'un pape n'a pas été élu.
Pendant toute la durée du conclave, les cardinaux logent près de la place Saint-Pierre dans la résidence Sainte-Marthe, construite durant le pontificat de Jean-Paul II et où habitait le pape François. Chaque cardinal y dispose d'une chambre - tirée au sort - et des services d'une résidence hôtelière (repas et laverie). Coupés du monde extérieur, ils n'ont ni téléphone, ni télévision, ni journaux, ni accès à internet.
Le matin du conclave, les cardinaux sont attendus à 9h15 à la chapelle Saint-Sébastien de la basilique Saint-Pierre, où se trouve la tombe de Jean Paul II, pour revêtir leur tenue liturgique. Ils participent ensuite à 10 heures à la messe Pro Eligendo Romano Pontifice, c’est-à-dire "pour l’élection du pontife romain".
L'après-midi, à 16h15, les membres du conclave se retrouvent dans la petite chapelle Pauline, près de la basilique Saint-Pierre. Ils défilent ensuite en procession jusqu'à la chapelle Sixtine, où se tient le vote depuis 1878.
Sous le plafont peint par Michel-Ange, les cardinaux prêtent serment de respecter les règles du conclave et de préserver le secret du vote – sous peine d'excommunication. Le maître des cérémonies pontificales proclame ensuite la célèbre formule latine Extra omnes! ("Que tout le monde sorte"). Tous ceux qui ne sont pas électeurs quittent alors la chapelle et les portes se referment.
· Quel est le mode de scrutin?
Le pape est élu à une majorité des deux tiers. Le vote se poursuit tant que le quorum (88 voix cette année) n'est pas atteint. Jusqu'à quatre tours de vote sont organisés chaque jour (deux le matin, deux l'après-midi), sauf le premier jour, puisque les cardinaux ne se réunissent que l'après-midi et ne votent qu'une fois.
Après trois journées sans résultat, le scrutin est interrompu "pendant un jour au maximum, afin de laisser place à la prière" et "à un libre échange entre les votants". Puis d'autres séries de scrutins sont organisées jusqu'à l'élection définitive.
Depuis le XXe siècle, la durée des conclaves varie entre deux et cinq jours. Le pape François a lui été élu en deux jours et cinq tours de scrutin.
· Comment votent les cardinaux?
Le premier acte du conclave consiste au tirage au sort parmi les cardinaux de trois "scrutateurs" pour tenir l'urne, de trois "infirmari", chargés d'aller recueillir dans leur chambre les votes des éventuels cardinaux malades, puis de trois "réviseurs" qui veilleront à vérifier le dépouillement.
Pour voter, les cardinaux écrivent à la main le nom de leur choix sur un bulletin qui porte les mots "Eligo in Summum Pontificem..." ("J'élis comme souverain pontife..."). Si en théorie, ils peuvent choisir n'importe quel homme catholique non-marié, ils choisissent dans les faits l'un des membres du conclave. Il est interdit de voter pour soi-même, même si rien ne permet de le vérifier.
Tenant leur bulletin en l'air, chaque cardinal se dirige, un par un, jusqu'à l'autel, et déclare en latin "Je prends à témoin le Seigneur qui me jugera que je donne ma voix à celui que, selon Dieu, je juge devoir être élu". Puis ils font glisser leur bulletin, à l'aide d'un plateau, dans l'urne en argent et bronze doré.
Quand tous les cardinaux ont voté, les scrutateurs procèdent au dépouillement. Ils piochent un à un les bulletins, lisent à voix haute les noms puis enfilent les papiers en les perforant avec une aiguille. Pendant ce temps, chaque cardinal fait ses comptes sur son carnet... Pour finir, les cardinaux réviseurs vérifient les bulletins et enterrinent le décompte des voix. Les bulletins sont ensuite brûlés dans un vieux poêle en fonte utilisé depuis l'élection de Pie XII en 1939.
· Que se passe-t-il une fois le pape élu?
Une cheminée installée spécialement sur le toit de la chapelle Sixtine indique aux fidèles le résultat de chaque tour de vote. Si la fumée qui en sort est noire, les cardinaux n'ont pas réussi à se mettre d'accord et votent à nouveau. Si elle est blanche, un pape a été élu. Les cloches de la basilique sonnent pour confirmer le résultat.
Traditionnellement, c'était la combustion des bulletins de vote dans le poêle installée dans la chapelle Sixtine qui donnait à la fumée sa couleur. On pouvait alors ajouter de la paille humide ou du goudron pour teinter la fumée de noir ou de blanc. Mais le résultat n'était pas toujours aussi net. Pour éviter toute confusion, un second poêle a été installé lors du conclave de 2005 pour produire de manière électronique les fumigènes.
Le cardinal élu s'isole dans une minuscule cellule attenante à la chapelle Sixtine, surnommée la "chambre des larmes", car les papes s'y recueillent pour prendre conscience de l'ampleur de la mission qui les attend. Le souverain pontife revêt ensuite ses habits blancs et apparaît au balcon de la basilique Saint-Pierre pour sa première bénédiction Urbi et Orbi.
· Trois personnages clés du conclave
Le cardinal doyen préside le collège des cardinaux. Après la mort du pape, son rôle est d'organiser les congrégations générales préparatoires à l’élection, de convoquer le conclave et de le diriger. Une fois le pape élu, il doit lui demander en latin s'il accepte la charge ("Acceptasne electionem de te canonice factam in Summum Pontificem?") et sous quel nom il souhaite être appelé ("Quo nomine vis vocari?"). Ce poste est occupé par l'italien Giovanni Battista Re, mais, étant âgé de plus de 80 ans, il sera remplacé pendant le conclave par le secrétaire d'État Pietro Parolin.
Le camerlingue, l'Américan Kevin Farrell, administre les biens et finances du Saint-Siège pendant la vacance du siège apostolique. C'est lui qui a constaté le décès du pape François avant de sceller ses appartements et d'informer les autres cardinaux.
Le protodiacre, le Français Dominique Mamberti, est le plus ancien des cardinaux-diacres, l'un des trois ordres du collège cardinalice. C'est lui qui annoncera au monde qu'un pape a été élu par la célèbre formule "Habemus papam", prononcée au balcon de la basilique Saint-Pierre. Il révélera aussi son nom et son nom de règne.











