Récidive : les courtes peines en question

Une étude de l'Administration pénitentiaire de 2011 montre que les personnes libérées sans aménagement de peine ont été recondamnées dans 63 % des cas - -
Courte peine, double peine ? Une trentaine d'experts de la société civile et du monde judiciaire se réunissent ces jeudi et vendredi afin de questionner l’efficacité des courtes peines de prison et d’exposer leurs travaux sur la récidive. Un jury élira ensuite les idées jugées les plus pertinentes. L’objectif de cet événement initié par Christiane Taubira est de faire évoluer la politique pénale sur les possibles effets pervers de la détention sur la réinsertion.
Une étude de l'Administration pénitentiaire de 2011 montre que les personnes libérées sans aménagement de peine ont été recondamnées dans 63 % des cas, contre 39 % pour les sortants en libération conditionnelle. Parmi les pistes envisagées : le remplacement des courtes peines par des peines de probation, exécutées à l'extérieur de la prison, des libérations anticipées automatiques aux deux tiers de la peine, déjudiciarisation de certaines infractions. Les courtes peines d'emprisonnement représentent 80% des peines d'emprisonnement prononcées aujourd'hui en France et un tiers des détentions. Actuellement, 60 % des personnes qui entrent en prison en sortent avant six mois.
« Les courtes peines sont inutiles et nocives »
Pour Sarah Dindo, directrice de l'Observatoire international des prisons (OIP), il est urgent de réviser des courtes peines qu’elle estime « inutiles et nocives » et dont elle souhaite la suppression : « Sur des personnes qui sont déjà en échec social, les courtes peines ont un effet très désocialisant. En très peu de temps, même sur deux mois, la vie des gens peut basculer : perte d’emploi, séparation… à la sortie, il faudra tout reconstruire. Cela représente des facteurs de récidive. Il y a d’autres moyens, moins coûteux, de les punir.»
« La majorité souhaite vider les prisons »
De son côté, Sébastien Huyghe, député UMP du Nord, appuie sur la nécessaire « vertu pédagogique de la peine » et évoque le prétexte de la surpopulation carcérale : « Toute peine doit être exécutée, pour bien montrer qu’on ne laisse rien passer. Ce qu’il faut, c’est adapter les établissements aux types de peines. Le problème c’est que la majorité fait tout pour vider les prisons, donc on marche sur la tête ».
« Les nouveaux amis qu'on rencontre en prison »
RMC a rencontré Karim, un ancien détenu. En 2000, il effectue sa première peine de prison pour trafic de drogue. Quelques mois qui n'ont pas eu l'effet escompté. « La prison, c’est beaucoup moins terrible qu’on ne le pense. Le choc est au départ, mais je n’ai pas eu peur de la récidive. » A ses yeux, les détenus sont très mal préparés à leur sortie : « Quand on sort, on est perdu. On n’a plus de boulot, de petite amie, on a toujours les mêmes amis, et on s’en est fait des nouveaux en prison. De là, on repart dans la délinquance ». Karim est retourné en maison d’arrêt plus de deux ans, et a côtoyé des détenus condamnés à de courtes peines. Pour lui, les rencontres en prison ont un côté très contagieux : « On m’a mélangé avec des pères de famille qui étaient là pour ébriété. C’est grave », déplore-t-il. Le ministère de la Justice réfléchit à remplacer ces courtes peines par des obligations de suivi et de stage à l'extérieur.












