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Que s'est-il passé ? Et maintenant...

BFM Juliette VINCENT, Fabien CROMBE et Aurélia MANOLI
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La mort de 10 soldats français en Afghanistan relance le débat sur l'engagement militaire et politique de la France dans la lutte contre le terrorisme. Explications, faits et réactions à l'appui.

Les faits

Lundi, des soldats français ont été tués dans une embuscade tendue par des talibans en Afghanistan. Cela s'est produit lors d'une opération de reconnaissance de renseignement menée par l'ISAF, la Force internationale d'assistance à la sécurité, dirigée et composée en grande partie par des militaires français, accompagnés de soldats de l'armée afghane et d'éléments des forces spéciales américaines. Au total, une centaine d'hommes partis en patrouille dans la vallée d'Ouzbine, à une cinquantaine de kilomètres de Kaboul.
A l'approche d'un col, les soldats français en reconnaissance sont soudain attaqués par des talibans. 9 sont tués sur le coup. Parmi eux, 8 appartiennent au 8ème Régiment de parachutistes d'infanterie de marine (RPIMa) de Castres, et 1 auxiliaire sanitaire du 2ème Régiment étranger de parachutistes de Calvi.
Débutent alors de violents combats qui durent plusieurs heures. Au petit matin, mardi, au moment de récupérer les victimes, un 10ème Français, membre du 2ème Régiment de marche du Tchad est tué par accident, écrasé par un véhicule blindé de transport de troupe qui s'est renversé. Au total, 21 soldats français ont été blessés dans ces combats. Côté talibans, on dénombre 30 morts sur une centaine d'assaillants.

Bilan final : 10 morts et 21 blessés pour l'armée française, qui dirige depuis le mois d'août les opérations de l'ISAF, et connaît ainsi ces plus grosses pertes au combat depuis la guerre d'Algérie.

Réactions

Les familles des victimes
A Castres, base du 8e Régiment de parachutistes d'infanterie de marine (RPIMa), c'est la consternation. Le régiment a envoyé plus de 550 hommes cet été vers l'Afghanistan dans le cadre des renforts décidés par le gouvernement français. Le régiment est implanté à Castres depuis 1963 et c'est un symbole fort de la ville. A la mairie, les drapeaux sont en berne depuis hier et les hommages s'accumulent. Les familles des victimes ont été prises en charge par une cellule d'aide. Les rencontres se font dans la caserne, à l'abri du public. Tout aussi discrètement, des bouquets ont commencé à orner le mur d'enceinte.

Le témoignage du père d'une des victimes
Sylvain a perdu son fils. Alexis avait 20 ans. Jeune soldat du 8ème RPIMa de Castres, il était en Afghanistan depuis un mois : « C'était sa première mission en opération extérieure. Il était si heureux et si inconscient de ce qu'il allait connaître en allant là-bas. Au nom de l'intérêt de quoi ?
Je ne comprends pas vraiment l'importance d'envoyer des soldats en Afghanistan, dans la mesure où les gens là bas se battent depuis toujours ; ils ont foutu les Russes dehors. Ils sont chez eux, et je ne pense pas que des petits gamins qui débarquent et qui n'ont jamais rien vu, puissent changer quelque chose au cours des choses. Voilà, c'est tout. C'était son métier ; je n'en veux à personne. Mais c'est vraiment sur l'autel de l'inutile. »
Pour lire et écouter la totalité de ce témoignage, cliquez ici.

Un hommage aux soldats morts sera rendu demain jeudi à Paris aux Invalides, en présence de Nicolas Sarkozy.

Sarkozy et les autres déterminés
Arrivé à Kaboul ce matin, le président Nicolas Sarkozy a rendu hommage dans une chapelle ardente aux 10 soldats français tués. Il avait auparavant tenu à assurer que sa « détermination est intacte » pour « poursuivre la lutte contre le terrorisme. La cause est juste, c'est l'honneur de la France et de ses armées de la défendre », a ajouté le Chef de l'Etat, qui en avril lors du sommet de l'OTAN, avait annoncé l'envoi de 700 hommes supplémentaires au Afghanistan.

Quand on lui demande si les troupes françaises en Afghanistan vont être rapatriées, Hervé Morin, le ministre de la Défense, ne peut contenir son énervement : « Je me permets de vous rappeler ce qu'était l'origine des talibans en 2001. C'est un régime où les droits les plus élémentaires des femmes étaient bafoués, où la culture était interdite. Ce que nous défendons aussi, c'est notre propre sécurité, puisque l'Afghanistan est ou était un vecteur majeur du terrorisme international. Et donc, nous continuerons à défendre la cause et le combat qui est le notre en Afghanistan. Notre détermination est intacte. Parce que nous n'avons pas le droit d'échouer. »

Tout en comprenant les interrogations et la colère des Français « qui se demandent ce qu'on fait là-bas », Jean-Marie Bockel, le secrétaire d'État à la Défense, souligne, lui le caractère international de l'enjeu qui se joue dans ce territoire.

Une impasse militaire ?
Réagissant à ces déclarations, Jean-Dominique Merchet, journaliste spécialiste des questions militaires pour Libération, ne peut s'empêcher d'y noter « quelque chose qui ne convainc pas ». Il prend alors à témoins « les ministres des Affaires étrangères, de la Défense, le Premier ministre, le Président de la République, [qui] ont sur leurs bureaux des rapports des services de renseignements français, de la DGSE qui leur disent très clairement qu'en Afghanistan, c'est une impasse militaire. Mais ils n'écoutent pas, parce qu'il y a des contraintes diplomatiques, il y a l'alliance avec les Américains, la participation de la France à l'OTAN. (...) Combien faudra-t-il de témoignages comme celui [de ce père qui vient de perdre son fils, soldat en Afghanistan], pour qu'on revoit la stratégie et que l'on négocie avec une partie des talibans dits modérés ? »

« Retrait non, réorientation oui »
Pierre Moscovici, député socialiste du Doubs, dénonce de son côté l'échec d'une stratégie militaire et parle d'une « erreur de la France de s'engager à fond avec l'OTAN ». S'il dit non au retrait des troupes françaises d'Afghanistan, il prône une « réorientation ».