Qu'est-ce que le SAS, le remède d'Agnès Buzyn à la crise des urgences ?

C'est l'une des principales annonces dévoilées par Agnès Buzyn pour calmer la crise des urgences. La mise en place, d'ici à l'été 2020, d'un "service d’accès aux soins" (SAS) permettant de traiter et d'orienter tous les appels médicaux et d'urgence sur le territoire. Mais les contours de ce numéro d'appel, promesse de campagne d'Emmanuel Macron, sont encore flous. Une concertation de deux mois doit s'ouvrir entre médecins libéraux, professionnels hospitaliers et pompiers pour en préciser les modalités.
• Qu'a annoncé Agnès Buzyn?
Lors d'une conférence de presse lundi après-midi, la ministre de la Santé a dévoilé un "pacte de refondation" en faveur des hôpitaux avec la création d'un service d'accès aux soins (SAS).
En ligne ou par téléphone, cette plateforme permettra "en fonction des besoins de chaque patient et de l’urgence de chaque situation (...) d’obtenir un conseil médical et paramédical, de prendre rendez-vous pour une consultation avec un médecin généraliste dans les 24 heures, de procéder à une téléconsultation, d’être orienté vers un service d’urgence ou de recevoir une ambulance."
Le coût de ce dispositif est estimé à 340 millions d'euros sur trois ans, soit la moitié des fonds qu'Agnès Buzyn promet de redéployer pour répondre à ce mouvement de grève inédit au sein des services d'urgences.
• Quel dispositif existe actuellement?
À la différence du célèbre "911" américain, il n'existe pas un seul numéro d'urgence en France. Le 15 permet de joindre les centres de traitement d'appel du SAMU, une plateforme départementale d'urgence qui oriente ensuite les patients vers le service le plus adapté. Le 17 concerne la police et le 18 les sapeurs-pompiers.
Le 116-117 a été progressivement installé en région depuis 2017 afin de désengorger le 15. Il est spécifiquement dédié à la médecine libérale en ville et facilite la mise en relation avec les cabinets de permanences lors des week-end, vacances et jours fériés.
Enfin, le 112 est le numéro d'appel d'urgence mis en place depuis 2000 dans tous les pays membres de l'Union Européenne. Certains pays voisins comme l'Espagne ou le Luxembourg ont depuis abandonné les numéros de secours nationaux, au profit du numéro européen. La France dispose donc, elle, de cinq numéros d'urgence, ce qui ne manque pas de créer une certaine confusion chez les patients.
• Quelles sont les pistes envisagées?
En attendant le début de la concertation, le gouvernement refuse de s'avancer sur la question. Les avis sont plus tranchés du côté des professionnels du monde hospitalier.
La Fédération nationale des Sapeurs-pompiers de France (FNSPF) a réaffirmé dans un communiqué "sa position en faveur de la création du 112 comme numéro unique d’appel aux secours d’urgence" tout en souhaitant la pérennisation du 116-117 pour les "conseils, l’expertise médicale et la demande de soins non programmée".
Une position que ne partage pas Christophe Prudhomme, porte-parole de l'Association des médecins urgentistes. Contacté par BFMTV.com, il estime au contraire que le 116-117 "n'a pas prouvé son efficacité". Ce dernier souhaite que la priorité soit donnée à l'interconnexion entre le 15 et le 18, qui fait défaut actuellement.
Le porte-parole voit dans la création de ce SAS une "usine à gaz" qui ne répond pas à la crise des urgences et ne va pas calmer la colère du personnel soignant. Un débat sur lequel le gouvernement devra trancher d'ici novembre.












