Philippe Ribière, handi-grimpeur, escalade le célèbre rocher Es Pontas

Philippe Ribière, devant le rocher Es Pontas - JAIME REINA / AFP
La force amoindrie de ses bras ne l'a pas empêché de relever le défi. Philippe Ribière, champion de handi-escalade de 41 ans, a gravi mardi les quelque 30 mètres du célèbre rocher Es Pontas sur l'île de Majorque, aux Baléares. Sans corde, avec des prises friables encore plus difficiles à saisir pour lui, dont les bras sont réduits de moitié.
Originaire de Martinique, Philippe Ribière est né avec plusieurs malformations congénitales, touchant notamment ses bras:
"Mes avant-bras sont plus courts que mes bras. Mes poignets sont fixes, donc déjà dans la vie de tous les jours c'est compliqué pour moi de prendre des objets. Ma force physique représente 20% de celle d'une personne normale", raconte-t-il.
L'escalade comme libération
Cette ascension a valeur d'exploit: comme le rapporte Le Parisien, plusieurs grimpeurs valides ont déjà échoué, et c'est la première fois qu'un sportif handicapé gravit ce rocher. Un triomphe qui intervient après des années d'accomplissement sportif.
Abandonné à la naissance avant d'être adopté par un couple - un infirmier et une institutrice - quand il avait 4 ans, il s'est passionné pour le vélo. Mais il y a renoncé à l'âge de 15 ans après avoir été durement accueilli par le gérant d'un club près de chez lui dans le Gard, qui en le voyant, lui avait lancé: "Je ne veux pas de handicapé chez moi".
Une semaine après, il poussait la porte d'un club d'escalade, une pratique qu'il avait découvert en colonie de vacances et pour laquelle un moniteur lui avait dit qu'il était doué. Et là, ce fut le coup de foudre:
"J'étais adolescent, j'avais des problèmes existentiels avec mes parents, c'était une échappatoire", confie Philippe Ribière, qui trouve en l'escalade le moyen de s'épanouir. "J'ai toujours cru que j'étais un boulet. J'ai compris que je pouvais plaire. À des filles, à des photographes. J'en ai longtemps douté jusqu'à je tombe amoureux à 20 ans."
Succès sportifs
En 2001, il décroche une médaille aux Championnats du monde. En 2003, il crée un événement réunissant valides et handicapés, le Handi-Grimpe, puis s'en va faire un tour de l'Europe sur le thème du handicap. Depuis 25 ans, il n'a jamais cessé de grimper.
"Il y a une revanche par rapport à ceux qui se sont moqué de moi dans la rue, ceux qui m'ont jeté des pierres. L'escalade ne m'a pas sauvé non plus mais c'est mon moyen d'expression", dit ce professionnel, qui vit essentiellement de la Cotorep (allocations aux adultes handicapés).
"Les sponsors c'est du beurre dans les épinards. Après, on m'invite beaucoup, je suis une personnalité dans l'escalade", relève ce passionné de photos, qui porte un regard très détaché sur son handicap:
"Je ne veux pas être un ambassadeur des handicapés. Je suis Philippe Ribière, qui a ses deux jambes, ses deux bras, certes déformés. Je suis amoureux, fâché, j'ai des émotions, je vais aux toilettes", souligne-t-il
Aujourd'hui, il se lance un nouveau défi: faire des courses de trail.












