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Petroplus: dernières heures pour trouver un repreneur

BFM Claire Béziau, avec Hugo Perrier et Reuters
Les salariés de Petroplus seront fixés mardi

Les salariés de Petroplus seront fixés mardi - -

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Alors que les salariés de Petroplus évoquent «l’incertitude», l’intersyndicale sera reçue ce lundi soir à Matignon. Lors d’une visite en janvier, François Hollande avait toutefois souligné que l’Etat «ne serait pas repreneur».

Les prochaines heures s'annoncent décisives pour l'avenir de la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne, près de Rouen (Seine-Maritime), et de ses 470 salariés, avant la dernière limite, mardi, pour le dépôt des candidatures au rachat du site. Arrêtée en janvier 2012, la raffinerie a été placée en redressement judiciaire le 16 octobre après le dépôt de bilan du groupe suisse Petroplus puis a été, à plusieurs reprises, autorisée à poursuivre son activité par le tribunal de commerce de Rouen.
De nombreuses sociétés se sont déclarées intéressées par une reprise sans que leurs lettres d'intention et, pour certaines, leurs dossiers, permettent une concrétisation. Ce fut notamment le cas pour la société NetOil (Dubaï) dirigée par l'homme d'affaires libano-américain Roger Tamraz, toujours candidat au rachat selon l'intersyndicale CGT/CFDT/CFE-CGC du site. D'autres ont passé la main comme la société irakienne Jabs Gulf Energy Ltd, a indiqué Yvon Scornet, le porte-parole de l'intersyndicale. Le cas de la société iranienne Tadbir Energy est plus problématique. Intéressée par une reprise de la raffinerie, l'entreprise iranienne est frappée par des sanctions internationales qui interdisent de commercer avec elle. Mais Yvon Scornet fait valoir que Tadbir a tout pour plaire : «Ce sont des raffineurs, ils ont du pétrole et de l'argent». En outre, pour ne pas s'opposer de front aux sanctions, les Iraniens proposeraient de livrer du pétrole qu'ils extraient de la mer du Nord.

«Des gens vont craquer, ça peut mettre le feu»

L'intersyndicale (CGT-CFDT-CFE/CGC) de la raffinerie a appelé à un grand rassemblement mardi midi devant le site pétrolier rouennais. Toutefois, la plupart des 470 employés de Petroplus à Petit-Couronne n’y croient plus, comme Laurent, qui après 20 ans de service, a déposé son CV sur internet et qui voit chaque jour des collègues quitter le navire : « 85 personnes ont démissionné, plusieurs sont déjà sur les réseaux sociaux à la recherche d’un emploi. (…) On risque d’avoir énormément de difficultés pour retrouver du travail ; c’est très très difficile à vivre ».Yvon, technicien chimiste, ne tolèrerait pas d’être « enfumé ». Si aucune offre ne devait être présentée « ce sera très dur, des gens vont craquer, ça peut être mettre le feu. J’ai 55 ans. On a tous des gamins qui rament pour trouver du boulot, si on ferme toutes les usines, où est-ce qu’ils vont chercher du travail ? » s’inquiète le salarié.

«L'impact financier serait considérable pour l'économie du territoire»

Si aucune offre viable ne devait être déposée mardi, une liquidation immédiate pourrait alors être prononcée par le tribunal de commerce de Rouen. Pour Dominique Randon, le maire PS de Petit-Couronne, le cas de figure serait dramatique pour les salariés, mais aussi pour toute l’économie du territoire « La raffinerie Petroplus, c’est 10% du trafic du port de Rouen et 10% de celui du Havre, l’impact financier serait considérable ». L'élu craint que le commerce et l’artisanat de Petit-Couronne ne soient encore plus touchés.
L’intersyndicale doit être reçue lundi soir à Matignon afin de requérir une intervention de l’Etat. Pendant la dernière campagne présidentielle, François Hollande s’était rendu à Petit-Couronne, un an après une première visite. A l’époque, le candidat Hollande évoquait une « urgence industrielle » et s’engageait : « Ce sera notre responsabilité à partir de juin je l’espère, mais il n'y a pas de temps à perdre, il faut qu’un opérateur investisse sur le site ». 

«L'Etat ne peut pas être le repreneur»

Mais début janvier, le discours a changé: « L’Etat doit prendre sa part, et donc accompagner un repreneur, y compris pr lui apporter des moyens financiers lui permettant de régler aussi la question des pollutions du site, et donc l’Etat fera son devoir, mais l’Etat ne peut pas être le repreneur, et ça, les salariés le savent parfaitement » déclarait François Hollande au début de cette année 2013.
Le dépôt des candidatures pourrait se solder par des surprises, indique encore Yvon Scornet: « On espère qu'il y aura de nombreux dossiers, pas forcément ceux d'il y a un mois, mais de possibles regroupements ».
Shell, que les syndicats de la raffinerie espéraient voir participer à une réunion avec l'Etat, ne sera pas représenté lundi soir. Les administrateurs provisoires de la raffinerie doivent ensuite rendre leurs conclusions, probablement jeudi, au tribunal de commerce qui aura alors à trancher, soit pour un arrêt des installations, soit pour fixer une nouvelle audience destinée à autoriser la vente.