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"On ne banalisera jamais l’avortement"

BFM La rédaction
35% des françaises ont eu recours à l'avortement au moins une fois dans leur vie.

35% des françaises ont eu recours à l'avortement au moins une fois dans leur vie. - -

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Un amendement déposé par le PS vise à élargir l'accès à l'avortement à toute "femme qui ne veut pas poursuivre une grossesse". Certains craignent une "banalisation" de l'acte, une gynécologue assure le contraire.

Un amendement sur l'avortement risque de susciter de vives discussions ce lundi après-midi à l'Assemblée nationale. Dans la loi initiale, la loi Veil de 1975, l'avortement est seulement réservé aux "femmes en situation de détresse". C’est cette restriction que veulent faire disparaître les députés socialistes.

Ce dimanche, à la veille de ce débat, plusieurs milliers d'anti avortement ont défilé à Paris (16 000 selon la police, 40 000 selon les organisateurs). Une proposition qui provoque les foudres des anti IVG, rassemblés dimanche à Paris, acclamant l'Espagne, citée comme un exemple, comme un pays montrant la voie. En tête de cortège des adolescentes, criant le slogan "Liberté de sauver les bébés".

En Espagne, le gouvernement a en effet présenté en décembre un projet de loi qui restreint le droit à l'avortement. Adopté fin décembre en Conseil des ministres, le texte autorise le recours à l'IVG seulement en cas de viol, ou si la santé de la future mère est "gravement menacée". Il devrait arriver au Parlement dans deux mois.
Dans le cortège, Michèle. Pour cette mère de famille, c'est "une honte" de supprimer la notion de détresse pour le recours à l'IVG. "On ferait mieux de les aider, de sauver leur enfant, plutôt que leur supprimer l’avortement, ce qui a des conséquences néfastes. Une femme qui porte un enfant, si tout va bien et qu’elle peut l’élever, tout se passe très bien, alors pourquoi ne pas donner l’argent des plannings familiaux à des associations qui aident les femmes ?" se demande-t-elle.

"C'est un droit essentiel"

Au même moment, toujours à Paris, avait lieu une autre manifestation cette fois pour défendre le droit à l'avortement, a rassemblé près 300 personnes. Des jeunes femmes surtout, comme Myriam, 25 ans : "J’ai avorté, c’est un droit essentiel, je n’ai plus besoin de me justifier."

Valérie Rey est l'une des organisatrices de cette manifestation. Elle condamne la décision espagnole : "Il faut que cet amendement passe, ça envoie un signal fort à l’Espagne, pour lui dire que si elle a pris cette décision, nous la condamnons fermement, nous maintenons le droit des femmes. Avorter en France ce n’est pas si facile, les délais sont importants. Si l’avortement n’est pas interdit, avorter n’est pas toujours simple" avertit-elle.

Philippe Gosselin, député de la Manche, craint que l’amendement provoque une "banalisation de l’avortement" : "A partir du moment où on modifie le texte initial, on considère que le droit à l’avortement est un droit banal, et ce n’est pas ce qu’a voulu la loi de 1975. A terme, ça peut modifier la perception que peut avoir la société de l’IVG, comme si on pourrait substituer ça à une contraception qui aurait échoué" prévient le député qui rapelle par ailleurs sur RMC que "la France n'est pas l'Espagne, il n'y a aucune demande de suppression de la loi IVG ou de colonté de revenir en arrière".

Laurence Rossignol sénatrice PS de l'Oise et porte-parole du PS, n’est pas de cet avis. Elle défend la modification de la loi sur l'IVG : "Ceux qui évoquent la banalisation ne comprennent pas la vie des femmes. Exiger d’une femme qu’elle prouve son état de détresse est un archaïsme. Une femme a droit à une IVG si elle ne veut pas mener à terme une grossesse, c’est sa liberté personnelle que de faire ce choix et de ne pas avoir à s’en expliquer".

220 000 interruptions de grossesse chaque année

Joëlle Brunerie-Kauffmann est gynécologue. Après 40 ans de carrière, elle estime essentielle la modification de la loi Veil de 1975. "On a toutes envie d’avoir des enfants, la plupart du temps, mais ce n’est pas toujours possible. C’est ça qu’il faut entendre, respecter la dignité de la femme de ne pas avoir à justifier ça. En 40 ans, j’en ai vu, des femmes, qui avortaient, et c’est difficile, on ne va jamais banaliser ça ! Quelle femme va choisir d’avorter régulièrement plutôt que de prendre tous les jours un comprimé ?"

Interrogée sur RMC, elle estime que la notion de 'détresse' "n'a pas de sens (...) bien sûr qu'elles sont ennuyées les femmes quand elles ont besoin d'avorter", mais "elles n'ont pas besoin de venir pleurer dans nos bras pour obtenir leur IVG, ça c'est très clair, donc c'est très bien que l'on ait décidé de supprimer cette situation de détresse"..

35% des françaises ont eu recours à l'avortement au moins une fois dans leur vie, ce qui représente une femme sur trois, pour près de 220 000 interruptions de grossesse chaque année.
Les associations féministes de défense de l’IVG appellent à un grand rassemblement le 1er février devant l'ambassade d'Espagne à Paris.