Musique : 10e année de crise pour le disque

Le marché de la musique enregistrée s'est à nouveau replié de 4,4% l'année dernière, à 589,7 millions d'euros, a annoncé lundi le Snep, le principal syndicat de producteurs de disques. - -
C’est une chute qui semble ne pas avoir de fin. Le marché du disque a connu sa dixième année de crise en France en 2012, ont annoncé lundi au Midem les producteurs de musique, qui demandent aux pouvoirs publics de les aider à récupérer auprès des géants du net une partie de la valeur perdue.
Le marché de la musique enregistrée s'est à nouveau replié de 4,4% l'année dernière, à 589,7 millions d'euros, a annoncé le Snep, le principal syndicat de producteurs de disques, dans le cadre du rendez-vous annuel de l'industrie musicale. La chute des rentrées d’argent a provoqué par effet domino une baisse de la production artistique : le nombre d'albums commercialisés par les quatre majors du disque (Universal, Sony, Warner et EMI) a reculé de 3% l’an dernier. Et si 93 nouveaux artistes ont signé avec ces labels, 62 contrats ont pris fin.
Bond du téléchargement et du streaming
Les ventes physiques (CD et DVD) ont une nouvelle fois connu une « mauvaise année », avec une chute de 11,9% à 363,7 millions d'euros, tandis que les ventes numériques (téléchargement, streaming) ont bondi de 13%, à 125 millions d'euros. Le numérique représente un quart des ventes de musique et constitue « désormais un véritable relais de croissance pour notre industrie », a souligné le directeur général du Snep David El Sayegh. « L'appétence pour la musique en ligne existe, l'audience existe, la difficulté c'est de transformer ça en marché », a estimé David El Sayegh soulignant que, selon un sondage commandé par le Snep, « 93% des jeunes consomment de la musique sur internet, dont 82% en streaming ». « Aujourd'hui, les intermédiaires techniques bénéficient d'un véritable transfert de valeur. C'est pourquoi on souhaite que le politique s'empare de cette question. Nous réclamons une rémunération compensatoire de la part des moteurs de recherche, mais aussi des hébergeurs, des fabricants », a-t-il déclaré, martelant le message répété depuis plusieurs jours par la filière musicale.
Prêts au rapport de force avec les géants de l'internet
Dimanche, la ministre de la Culture Aurélie Filippetti a affiché sa volonté de faire participer les acteurs de l'internet au financement de la création, mais a renvoyé la question des moyens à la mission Lescure sur « l’Acte II de l'exception culturelle », qui doit rendre ses conclusions fin mars. « Le sentiment qu'on a c'est que le temps du politique n'est pas le temps de la réalité. Ça fait deux-trois ans qu'on passe beaucoup de temps au ministère dans des concertations et pour le moment rien n'en est sorti », a déploré le P-DG d'Universal France, Pascal Nègre.
Alors que les éditeurs de presse ont engagé de difficiles négociations afin d'obtenir une taxe Google, les producteurs de disque se sont dits prêts au rapport de force avec les géants de l'internet. « Si YouTube (filiale de Google, ndlr) arrête de diffuser de la publicité avec les vidéos, on demandera à YouTube d'enlever l'ensemble de nos clips », a affirmé Pascal Nègre parlant au nom d'Universal France. « Ce serait le cas de l'ensemble des producteurs français », a ajouté Stéphane Le Tavernier, P-DG de Sony France et président du Snep. YouTube France pratique en effet déjà ce genre de pression --la suppression de la publicité-- dans le cadre de ses négociations actuelles avec la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem).












