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Expulsions locatives : « On a peur, on ne sait pas ce qu’on va devenir »

BFM Tugdual de Dieuleveult avec J. Gonzalez et C. Maestracci
Avec la fin de l'hiver, les expulsions locatives peuvent reprendre dès mardi 2 avril

Avec la fin de l'hiver, les expulsions locatives peuvent reprendre dès mardi 2 avril - -

La trêve hivernale a pris fin dimanche. Les expulsions locatives vont désormais pouvoir reprendre dès mardi. Les personnes qui ne payent pas leur loyer vont à nouveau vivre dans l’angoisse de l’expulsion. « Nous travaillons sur une garantie universelle des loyers », explique Cécile Duflot.

L'hiver fini, les expulsions locatives reprennent. Les locataires qui ne payent pas leur loyer vont désormais être expulsables (à partir de mardi car ce lundi est férié). Cette date marque le retour des angoisses pour de nombreuses familles dans la précarité. Mais c’est aussi pour certains propriétaires la possibilité de se débarrasser de mauvais payeurs.

« Vers une garantie universelle des loyers »

Cécile Duflot, la ministre du Logement, a dit dimanche comprendre « à quel point les expulsions locatives sont un drame pour des milliers de familles chaque année ». « Nous travaillons sur une garantie universelle des loyers qui permettra de sécuriser les propriétaires, d'éviter les expulsions, en les prévenant très longtemps en amont avant que les impayés se soient accumulés, mais aussi de faciliter l'accès au logement », a expliqué la ministre. Pour autant, les locataires indélicats ne vont pas se retrouver à la rue. La procédure d'expulsion est très longue, entre un et deux ans minimum. Résultat : beaucoup de propriétaires empêtrés dans les procédures judiciaires ne recouvreront pas leur bien immédiatement, malgré la fin de la trêve hivernale.

« Si un autre locataire ne me paye pas, je n’ai plus rien pour vivre »

Suzanne habite dans l'Allier, c'est la troisième fois qu'un de ses locataires ne paie pas le loyer. Et à son âge, elle a peur de ne plus avoir assez pour vivre. « Au début il m’a payé et puis après il a arrêtée et il a recommencé il y a deux ans. J’ai trois petits appartements et c’est cela qui me fait vivre. Si un autre locataire ne me paye pas, je n’ai plus rien pour vivre. Le problème, c’est la longueur de la procédure, c’est lamentable. On ne pense pas qu’il y a des gens qui ont besoin de l’argent des loyers pour vivre ».

« Quand les propriétaires n’ont plus de loyer qui rentre, ils ne peuvent plus payer leurs traites »

Si on entend souvent parler de propriétaires indélicats, de marchands de sommeil, il existe une grande partie de propriétaires qui ne roulent pas sur l’or et ont réellement besoin des loyers pour payer leur charges. Maitre Leproux est avocat et il assure avoir beaucoup de clients propriétaires dans la difficulté en raison d'impayés de loyers. « C’est très compliqué pour les propriétaires, explique l’avocat. Et quand ils n’ont plus de loyer qui rentre, ils ne peuvent plus payer leurs traites. Et c’est catastrophique car beaucoup de ces gens ont acheté un bien pour leur retraite. La différence, c’est qu’il y a moins de gens de mauvaise foi. Il y a plus en plus de gens qui ont du mal à payer leur loyer. On a plus de personnes qui sont dans des situations compliquées ».

« Un afflux de personnes visées par des expulsions »

Jean-Baptiste Eyraud est porte-parole du Droit au logement, le DAL, et selon lui, beaucoup d'avis d'expulsion ont déjà été envoyés. « Depuis plusieurs semaines, nous avons un afflux de personnes visées par des expulsions et certaines d’entre elles se sont vu notifiées d'un recours à la force publique. C’est à dire que la police peut, avec l’huissier et le serrurier, débarquer à tout moment dès le 2 avril et les mettre dehors. Auront-ils un hébergement. Ce n’est pas certain car toutes les structures d’urgence sont engorgées. Il faut prendre des mesures de sauvegarde urgente sur le plan social ».

« On ne sait pas quand on va sonner à votre porte »

Halima Raiteb est infirmière, elle vit avec sa fille de 8 ans dans un appartement du 11e arrondissement de Paris. Son loyer de 800 euros, elle n’arrive plus à s'en acquitter : elle a plus de 10 000 euros de loyer en retard. En juin dernier, elle a reçu un avis d’expulsion et depuis quelques jours, A l’approche de la reprise des expulsions elle s’inquiète encore plus. « On a peur, on ne sait pas ce qu’on va devenir. On ne sait pas quand on va sonner à votre porte. On n’a pas envie de faire vivre ça à ses enfants. Je suis contente que ma fille aille à l’école. Je n’aurai jamais cru avec mon cursus avoir à traverser tout ça un jour. Il y a encore quelques années je payais plus de 3 000 euros d’impôts ».