Les banlieues touchées par les déserts médicaux

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Les déserts médicaux ne sont plus l’apanage de la campagne : les maires de l'association Ville et Banlieue sonnent « l'alerte sanitaire » dans les banlieues. L’association déclare s’alarmer de « la désertification progressive des quartiers populaires en matière de médecins » et de « la diversité de l’offre de soins, des dépassements d’honoraires insupportables, des refus de plus en plus fréquents de traiter les bénéficiaires de la CMU [Couverture médicale universelle] ». Elle salue la proposition de l'Ordre des médecins de contraindre les nouveaux médecins à s'installer là où ils ont été formés : une façon de lutter contre la désertification médicale, qui peut mettre en danger la santé des patients dans les quartiers populaires.
« Je suis un médecin isolé »
Le manque de médecin concerne toute la France. Dans le Nord, beaucoup de cabinets ferment, faute de repreneurs : c’est le cas notamment à Lomme. Dans un peu plus d’un mois, la ville va de nouveau perdre un médecin généraliste. A 70 ans, le docteur Rufle va prendre sa retraite avec amertume : « C’est plus qu’un pincement au cœur. J’aurais bien voulu continuer, mais à l’âge de 70 ans je pense que je peux faire autre chose », explique-t-il. Tout a été fait pour lui trouver un successeur, en vain : « Ça s’est fait depuis cinq ans. D’abord par petite annonce, par internet. Mais aucun médecin ne veut se présenter. Je suis ce qu’on appelle un « médecin isolé ». Un isolement qui a tendance à rebuter les jeunes médecins, sans parler de problèmes de sécurité dans certains quartiers.
« De moins en moins de médecins face à une population qui grandit »
Autre raison pour expliquer la désertification : la charge de travail. Pour Catherine Arenou, médecin généraliste et vice-présidente de l'association Ville et Banlieue, « c’est difficile de dire à un jeune "vous allez travailler 70h par semaine". Ce n’est pas obligatoirement ce pourquoi ils se sont lancés dans la médecine de ville. Il y a de moins en moins de médecins et ils ont affaire à une population qui grandit beaucoup dans ces quartiers. Le samedi est aussi un jour de travail, sans compter qu’on a mis en place, parce qu’il le fallait, un certain nombre de consultations le dimanche matin, avec un temps par patient qui n’est pas suffisant. Enfin, l’absence d’un certain nombre de structures comme des hôpitaux ou des spécialistes à proximité entraîne une espèce d’isolement dans la médecine générale, contre laquelle il faut lutter. »












