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"La marche des Alliés sur Paris, c'est la fin de l'humiliation de la défaite"

BFM A. K. / Propos recueillis par Natacha Rios
Le général Leclerc attend de pouvoir défiler sur les Champs-Elysées, le 26 août 1944.

Le général Leclerc attend de pouvoir défiler sur les Champs-Elysées, le 26 août 1944. - George Melamed - AFP

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Alors que Paris célèbre les 70 ans de sa Libération du joug nazi, retour avec l'historien Christian Chevandier sur la signification de ces quelques jours qui ont marqué l'Histoire contemporaine française.

"Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé mais Paris libéré, libéré par lui-même!" Ces mots, le général de Gaulle les prononce le 25 août 1944, alors que la capitale vient d'être libérée du joug allemand.

70 ans plus tard, alors que Paris commémore l'anniversaire de sa Libération, retour en trois questions sur cet événement clé de la Seconde guerre mondiale et de l'Histoire française avec Christian Chevandier, historien et auteur de Eté 44: l'insurrection des policiers de Paris (éditions Vendémiaire).

Comment interpréter la phrase du général de Gaulle: "Paris était depuis quatre ans le remords du monde libre"? 

"On voit bien dans cette phrase l'importance politique mais aussi symbolique de Paris. Paris est une ville mondiale, connue pour son activité culturelle, intellectuelle, politique. Elle est occupée et c'était insupportable pour beaucoup de Français, mais aussi pour le monde libre. Les Alliés ont donc accepté que la 2e Division blindée fonce sur Paris. Ils ont accepté pour des raisons politiques mais aussi humaines. Ils n'avaient pas envie d'un massacre à Paris. La marche des Alliés sur Paris, c'est la fin de l'humiliation de la défaite: elle est gommée par la Libération."

Comment les civils vivent-ils cette Libération?

"Pendant trois jours, la vie s'arrête pour les combats. Mais dès le lundi qui suit la descente des Champs-Elysées, les activités recommencent, notamment du côté des cheminots: les trains qu'il fallait empêcher de circuler pendant les combats, il faut les refaire fonctionner. Avec la Libération, il règne un vrai enthousiasme dans Paris. Au-delà de la victoire, il y a aussi sans doute l'espoir d'en terminer avec une période de restriction. Car la principale préoccupation pendant l'occupation, c'était de manger! Les gens n'avaient pas assez à manger et les rations deviennent encore plus limitées à partir du Débarquement de Normandie. Au moment de la Libération, l'un des enjeux c'est aussi le contrôle des subsistances, de la farine. Les Allemands en étaient conscients, et ont d'ailleurs mis le feu à une péniche devant les grands moulins de Pantin, pour que les Alliés n'y aient pas accès."

Paris est libérée. Mais la guerre n'est pas finie...

"Non. Le 26 août 1944 au soir, a lieu un bombardement allemand, le dernier, qui tue des personnes. Ils larguent des bombes à phosphore et font à peu près 120 victimes à Paris, et 200 dans l'agglomération. La guerre continue! Il y a encore des combats, notamment autour du Bourget qui est une ville stratégique de la banlieue parisienne. Paris est libérée, mais la haine est toujours là. Un certain nombre d'exactions sont constatées, mais beaucoup moins que ce qu'il se passe en général dans une telle situation. Le fait que les autorités politiques du gouvernement provisoire aient tout de suite pris en main notamment ce qui correspondait au maintien de l'ordre, a joué un rôle important. Il y aurait pu avoir des massacres, des règlements de compte: il y en a eu, mais beaucoup moins que ce qu'on aurait pu craindre."