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L'apéro "saucisson et pinard" interdit à paris

La préfecture de police de Paris a décidé mardi d'interdire un apéritif géant avec alcool et charcuterie prévu dans le quartier multiethnique de la Goutte d'Or à Paris vendredi, jour de prière pour les musulmans. /Photo d'archives/REUTERS/Nikola Solic

La préfecture de police de Paris a décidé mardi d'interdire un apéritif géant avec alcool et charcuterie prévu dans le quartier multiethnique de la Goutte d'Or à Paris vendredi, jour de prière pour les musulmans. /Photo d'archives/REUTERS/Nikola Solic - -

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PARIS (Reuters) - La préfecture de police de Paris a décidé mardi d'interdire un apéritif géant avec alcool et charcuterie prévu dans un quartier multiethnique de Paris vendredi, jour de prière pour les musulmans.

Les contre-manifestations qui étaient en préparation pour répondre à l'apéro "saucisson et pinard" dans le quartier de la Goutte d'Or, ce qui exclut tout participant de confession juive ou musulmane, sont également interdites.

La préfecture de police précise avoir reçu une demande d'autorisation pour un "pique-nique géant des Titis parisiens", opération rebaptisée par la suite "saucisson et pinard".

"En raison de ses conditions d'organisation, du lieu, du jour et de l'horaire retenu, ainsi que des projets de contre-manifestations qui sont apparus en réaction, cet événement de voie publique est créateur de risques graves de troubles à l'ordre public", note-t-elle dans un communiqué.

Sur Facebook, le groupe consacré au rassemblement a quasiment doublé en 24 heures: il comptait 3.500 membres lundi matin et plus de 6.800 mardi après-midi.

Des groupes se sont formés sur le réseau social pour organiser des soirées avec le même mot d'ordre à Lyon, Toulouse, Bruxelles et Londres ("Bacon & Beer").

Hasard du calendrier ou opération médiatique rondement menée, la soirée doit se dérouler un vendredi, jour de prière pour les musulmans, au moment où se déroulera le match de Coupe du monde Angleterre-Algérie et 70 ans jour pour jour après l'Appel du 18 juin 1940 lancé par le général de Gaulle.

L'initiatrice de la manifestation, Sylvie François, précise dans l'invitation postée sur Facebook qu'elle souhaitait organiser une "protestation joyeuse (...) contre la privatisation à des fins religieuses" de certaines rues "bloquées à la circulation à chaque prière du vendredi".

Le maire du XVIIIe arrondissement, où se situe le quartier de la Goutte d'Or, le socialiste Daniel Vaillant, a salué l'annulation d'une opération "cousue de fil blanc" par des "groupuscules d'extrême droite".

Le maire socialiste de la capitale, Bertrand Delanoë, avait estimé que la "menace contre l'ordre public (était) établie" et réclamé des dispositions "pour éviter tout débordement".

"HOSTILITÉ"

Sur RTL, la secrétaire d'Etat chargée de la Ville, Fadela Amara, a condamné un projet qu'elle juge "scandaleux".

"Je suis pour que tout le monde se réunisse, boive un coup et rigole ensemble mais quand c'est monté comme ça (...) soutenu par des structures qui sont liées directement à l'extrême droite, avec tout ce que ça suppose comme haine derrière, c'est extrêmement dangereux", a-t-elle estimé.

SOS Racisme ainsi que les élus parisiens du Parti de gauche et du Parti communiste avaient les premiers réclamé l'interdiction de l'apéritif géant.

Dans son message initial, envoyé fin mai, Sylvie François se présente comme Française de souche, non politisée et habitante du quartier.

Avec cet "apéro géant" parisien, elle voulait mobiliser les habitants et commerçants du quartier face aux "adversaires résolus de nos vins de terroir et de nos produits charcutiers".

Après l'annonce de l'interdiction, certains membres du groupe Facebook ont laissé éclater leur colère, certains annonçant leur intention de se rendre à la Goutte d'or vendredi.

"C'est OFFICIEL: les musulmans peuvent prier dans la rue mais nous n'avons pas le droit d'y manger du porc. La FRANCE est désormais régit par la CHARIA", écrit ainsi Antoine.

Plusieurs groupes proches de l'extrême droite, comme le Bloc identitaire, soutenaient le projet de Sylvie François.

Des organisations proches de l'extrême droite avaient utilisé les mêmes ressorts pour organiser des soupes populaires au cochon, à Paris et Strasbourg -- des opérations discriminatoires selon le conseil d'Etat.

Laure Bretton, édité par Yves Clarisse