L'abrogation du jour de carence suscite une levée de boucliers

Les syndicats de fonctionnaires étaient vent debout contre la journée de carence en cas de maladie, imposé par le gouvernement Fillon en 2012. - -
En décidant d'abroger la journée de carence pour les fonctionnaires, le gouvernement a choisi de faire un geste envers les 5,2 millions d'agents, dont les augmentations de salaires sont gelées depuis 2010, quitte à s'exposer aux critiques. La ministre de la fonction publique, Marylise Lebranchu, a annoncé mercredi soir que le gouvernement proposerait la suppression de cette journée non indemnisée en cas d'arrêt maladie dans le prochain budget car, dit-elle, c'est une mesure « injuste, inutile, inefficace et humiliante ». Selon la ministre, l'impact budgétaire du jour de carence, imposé pour la première fois aux agents du public par le gouvernement Fillon, est en outre « très limité, de l'ordre de 60 millions d'euros pour l'Etat », là où quelque 200 millions étaient attendus.
La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem a souligné que ce coût représente « moins de 0,1% de la masse salariale », ajoutant que la mesure avait peu réduit le nombre de congés maladie. Elle a en outre relevé que contrairement à certains salariés du privé - les deux-tiers, selon le gouvernement -, les fonctionnaires ne voyaient pas la mesure compensée par leur employeur. Les syndicats de fonctionnaires, qui dénonçaient unanimement cette journée depuis son entrée en vigueur début 2012, ont salué la décision du gouvernement.
« Une décision injuste, clientéliste et coûteuse »
Mais à l'heure où chacun est appelé à se serrer la ceinture et où le retour à 3% de déficit en 2013 semble être moins assuré, le geste a suscité une volée des critiques. « Pas raisonnable du tout », a commenté la présidente du Medef Laurence Parisot, évaluant le coût à 200 millions d'euros, et déplorant que la France soit « "addicte" à la dépense publique ». La Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) a pointé l'inéquité de la décision alors qu'au nom de la réduction des dépenses, « entreprises et salariés du privé se sont vu assommer par de nouveaux impôts et taxes ».
Quant aux anciens ministres du gouvernement Fillon, ils ont visiblement peu goûté cet arbitrage. Valérie Pécresse, ex-ministre UMP du Budget a ainsi dénoncé « une décision injuste, clientéliste et coûteuse ». François Baroin, ex-ministre de l'Economie, a estimé que l'abrogation « est une faute », tandis que le prédécesseur de Mme Lebranchu, François Sauvadet (UDI) a qualifié de « démagogie sans nom » et de « mauvais signal » cette décision. « Cette décision est le symbole du manque de courage politique de François Hollande », a accusé Jean-François Copé, président de l’UMP.
« Des effets immédiats » sur l’absentéisme
Mais les critiques sont aussi venues des rangs même de la Fonction publique. Le président de la Fédération hospitalière de France, Frédéric Valletoux, a ainsi déploré le choix du gouvernement, car le dispositif avait produit, dit-il, « des effets immédiats » en matière d'absentéisme dans les hôpitaux, engendrant des économies « aux alentours de 70 millions d'euros ». Marylise Lebranchu a relevé pour sa part que « les effets sur l'absentéisme ne sont pas démontrés ». Elle a toutefois dit ne pas nier « qu'il peut y avoir, comme dans le privé, des arrêts abusifs contre lesquels il faut lutter », promettant de « renforcer le contrôle des arrêts de courte durée et des arrêts répétitifs » chez les fonctionnaires.












