HRW et Amnesty souhaitent que Jean-Claude Duvalier soit jugé

Les organisations internationales de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International réclament l'arrestation et le jugement pour crimes contre l'humanité de l'ex-dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier, qui a effectué un ret - -
par Joseph Guyler Delva et Allyn Gaestel
PORT-AU-PRINCE (Reuters) - Des organisations internationales de défense des droits de l'homme réclament l'arrestation et le jugement pour crimes contre l'humanité de l'ex-dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier, qui a effectué un retour inattendu dans son pays dimanche, après 25 ans d'exil.
Les analystes estiment que le retour de "Baby Doc" à Port-au-Prince ne fera que compliquer la situation politique en Haïti, où la tension est vive depuis le premier tour de la présidentielle, chaotique et contesté, le 28 novembre.
Les résultats du premier tour, dont l'annonce a été suivie d'émeutes, donnent en tête Mirlande Manigat, devançant de peu Jude Célestin, candidat soutenu par le président sortant René Préval. Les experts de l'Organisation des Etats américains (OEA) préconisent, sur la foi d'irrégularités "importantes" dans le décompte des voix, que Célestin soit disqualifié et remplacé au second tour par le candidat arrivé troisième, le chanteur populaire Michel Martelly.
Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International estiment que Jean-Claude Duvalier, âgé de 59 ans, doit être traduit devant la justice pour les crimes et les sévices dont ont été victimes des milliers d'opposants pendant les quinze ans où il a été au pouvoir.
"Le retour de Duvalier en Haïti ne devrait se faire que dans un seul but, le traduire en justice", a déclaré José Miguel Vivanco, directeur de HRW pour les Amériques.
"Baby Doc" avait accédé au pouvoir à la mort de son père François Duvalier, alias "Papa Doc", en 1971, devenant à 19 ans le plus jeune chef d'Etat au monde. Proclamé "président à vie", il a dirigé le pays jusqu'à son départ en exil en France en février 1986, à la suite d'un soulèvement populaire.
"Les violations importantes et systématiques des droits de l'homme commises en Haïti pendant l'ère Duvalier équivalent à des crimes contre l'humanité", a déclaré Javier Zuniga, conseiller spécial d'Amnesty International. "Haïti est dans l'obligation de le poursuivre en justice, de même que tous ceux qui sont responsables de tels crimes."
QUID D'ARISTIDE ?
Duvalier, accueilli à son arrivée par des centaines de partisans, a déclaré rentrer au pays pour faire montre de solidarité avec le peuple haïtien, durement éprouvé par le séisme du 12 janvier 2010 puis, à la fin de l'année dernière, par une épidémie de choléra qui a fait dans les 4.000 morts.
"J'attendais ce moment depuis longtemps. Quand j'ai posé le pied au sol, j'ai ressenti une grande joie", a-t-il dit, tandis que ses partisans scandaient "Vive Duvalier" à l'extérieur de l'aéroport.
"(Je reviens) parce que je sais que le peuple souffre", a poursuivi Duvalier, arrivé en compagnie de sa compagne française Véronique Roy à bord d'un vol Air France en provenance de Paris.
"Je voulais témoigner de ma solidarité, dire à Haïti que je suis là, que je suis bien disposé et déterminé à participer à la renaissance du pays", a-t-il dit à Reuters.
Selon les observateurs de la vie politique haïtienne, le retour de l'ancien dictateur ne pouvait pas intervenir à un pire moment.
"Comme si la politique haïtienne n'était pas assez agitée comme ça, la présence de l'ancien dictateur risque de réveiller de violentes passions à travers l'ensemble du spectre politique", estime Michael Shifter, président de l'organisation Dialogue interaméricain, dont le siège est à Washington.
La réapparition de Jean-Claude Duvalier risque d'inciter un autre ancien président, le prêtre catholique Jean-Bertrand Aristide, à rentrer de son exil sud-africain, ajoute Shifter. Aristide a fui le pays à la faveur d'une insurrection en 2004.
Aucun mandat d'arrêt n'a été rendu public à l'encontre de "Baby Doc" et aucune disposition légale ne l'empêchait de revenir dans son pays. De source proche de l'ancien dirigeant, on dit qu'il est revenu avec un passeport diplomatique et doit tenir le ministère de l'Intérieur informé de ses déplacements.
La fin de son exil en France a laissé de nombreux Haïtiens incrédules.
"On attend de voir pourquoi il est ici. Mais ce n'est pas une bonne chose. J'ai vécu sous Duvalier", dit un habitant de Port-au-Prince, Christian Joseph, âgé de 49 ans. Interrogée au sujet de l'ancien dirigeant, une autre personne a refusé de répondre et même de donner son identité: "Vous plaisantez ? Il me tuerait. Vous ne connaissez pas Duvalier ?"
Bertrand Boucey et Eric Faye pour le service français, édité par Gilles Trequesser












