Homosexuels exclus du don du sang: le comité d'éthique partisan du statu quo

Les homosexuels sont exclus de la collecte du sang en France depuis 1983 en raison d'un risque accru de contamination par le virus du sida. - Fred Dufour - AFP
François Hollande avait promis, pendant la campagne présidentielle de 2012, d'autoriser les homosexuels à donner leur sang. Les associations s'élèvent en effet depuis longtemps contre l'interdiction qui est faite aux homosexuels de faire don de leur sang, qu'elles considèrent être une discrimination. Une pétition lancée l'été dernier pour lever cette interdiction a recueilli près de 140.000 signatures. Pourtant trois ans plus tard, il n'en est rien.
Et les homosexuels devraient continuer à être exclus du don du sang en France en l'état actuel des connaissances, selon un avis rendu mardi par le Comité national d'éthique qui "recommande que -dans l’attente des résultats des recherches et des évolutions demandées- les contre-indications actuelles soient maintenues".
L'interdiction date de 1983
"Le don du sang n'est pas un droit. Ce qui prime c'est la santé et la protection du receveur", a résumé Jean-Claude Ameisen, président du Comité consultatif national d'éthique (CCNE), en présentant l'avis demandé par la ministre de la Santé Marisol Touraine. Les hommes qui déclarent avoir eu une ou des relations sexuelles avec d'autres hommes sont depuis 1983 exclus du don du sang à vie en raison d'un risque considéré comme accru de contamination par le virus du sida.
Mais cette interdiction est contestée par diverses associations qui l'assimilent à une forme de discrimination sur l'orientation sexuelle, tandis que d'autres y sont très favorables, en arguant d'un risque sur la sécurité des produits sanguins.
"Cet avis est absurde"
"Cet avis est absurde. C'est un comportement à risques qui doit aboutir à une exclusion, et encore temporaire, pas le fait qu'on est homosexuel ou qu'on a eu une relation homosexuelle il y a vingt ans. C'est un signal extrêmement inquiétant", a réagi Stéphanie Nicot, présidente de la fédération LGBT.
"Nous sommes très déçus dans la mesure où la ministre avait été plutôt rassurante. On espère que cet avis ne sera pas suivi par le gouvernement", a déclaré Yohann Roszéwitch, président de SOS Homophobie, qui expliquait il y a quelques jours à BFMTV sa volonté d'arriver à une égalité de traitement pour les homosexuels.
Pas de contamination depuis 13 ans
En Italie, Espagne et Pologne, les exclusions temporaires sont du même ordre pour les comportements à risque hétéro ou homosexuels. En France en revanche, les interdictions temporaires (en général d'une durée de quatre mois) ne concernent que les hétérosexuels qui ont eu des rapports sexuels à risques c'est-à-dire non protégés et/ou avec plus d'un partenaire au cours des quatre derniers mois.
Pratiqués aujourd'hui de manière obligatoire chez tous les donneurs de sang, des tests biologiques permettent de détecter l'infection par le VIH à partir du 12e jour qui suit une contamination. Le danger provient de la "fenêtre silencieuse", cette période initiale de 12 jours durant laquelle l'infection demeure indétectable. Les usagers de drogues injectables et les transfusés sont également exclus du don du sang en France.
L'infectiologue Jean-Louis Vildé, membre du CCNE, insiste sur le fait que "la sécurité doit être maximum et le risque le plus minime possible". Aucune augmentation de risque n'est selon lui "acceptable". Le Pr Ameisen se veut néanmoins rassurant: le dernier cas de contamination d'un receveur en France date d'il y a 13 ans.












