Elevage de poissons : l’UE autorise les farines animales

Dix ans après le scandale de la vache folle, la Commission européenne autorise l'utilisation des farines animales dans l'alimentation des poissons - -
Alors que l’enquête se poursuit dans l’affaire des lasagnes à la viande de cheval, la Commission européenne a annoncé jeudi que les farines animales, interdites dans l'Union européenne après la crise de la vache folle, seront à nouveau autorisées à compter du 1er juin. A partir de cette date, les poissons d'élevage et autres animaux de l'aquaculture pourront à nouveau être nourris avec des farines de porc et de volaille. Cette mesure qui avait été approuvée par les experts des Etats membres en juillet 2012.
La commission a estimé, sur la base d’études scientifiques récentes, qu’il n’y avait pas de danger, à condition qu'il n'y ait pas de cannibalisme. Le problème du poisson d'élevage, c'est qu'il faut les nourrir avec beaucoup de poisson. Selon Greenpeace, pour un kilo de saumon ou de bar, il faut quatre kilos de farine de petits poissons, harengs, sardines, etc. Comme les farines de viande coûtent moins cher à produire que les farines de poisson, la Commission européenne espère que les pisciculteurs pourront y gagner.
« On veut faire plaisir aux agro-industries »
José Bové, eurodéputé écologiste, ne décolère pas. « Les farines animales ont été interdites, ça a été un énorme scandale, on a eu des trafics entre les différents pays ». Le député soupçonne la Commission européenne de « faire plaisir aux agro-industries » pour des motifs économiques, une fois que l’attention du public est relâchée : « les déchets des abattoirs sont moins chers. Je vais demander aux commissaires européens qu’on étiquette "poisson nourri aux farines animales", on verra si les gens en mangent » ironise-t-il.
« Garder une traçabilité »
Même son de cloche pour Olivier Dominique, petit producteur de truites à Pégairolles-de-Buèges dans le Languedoc-Roussillon. A ses yeux, l’intérêt du remplacement de la farine de poisson par la farine animale n’est qu’économique, et il dénonce une « fumisterie »: « L’animal, vous le paierez 1 euro ou 1,20 euro le kilo tandis que le nôtre, à base de farine et d’huile de poisson, vous le paierez 1,50 euro. Nous, on a une traçabilité, les gens savent exactement ce qu’ils achètent. Du moment que les gens mettent le prix, je peux me permettre de payer un aliment riche en farine de poisson. Après, d’autres n’ont pas les moyens, et le problème est là » analyse-t-il.
« Un poisson n’est pas une volaille »
Il s’agit ni plus ni moins d’un « nouveau scandale alimentaire qui se tricote » pour Nicolas Dupont-Aignan. Le député de l'Essonne et président de Debout la République, dénonce une « Commission de Bruxelles irresponsable, des gouvernements passifs ». Il invoque le « principe de précaution » avant d’ajouter « un poisson n’est pas une volaille ». Qualifiant les gouvernements de l’UE de « très timoré », le député conclut : « comme si de gros intérêts les empêchaient d’agir ».
Par ailleurs, Bruxelles envisage d'autoriser l'utilisation des protéines animales transformées dans l'alimentation des porcs et des volailles, d’ici 2014. Elles resteront en revanche interdites dans l'alimentation des ruminants (bovins, ovins) à cause du risque de contamination par l'encéphalopathie spongiforme bovine, ou "maladie de la vache folle".












