L’Ecole en bateau : « Ils m’ont volé une partie de mon enfance »

Leonide Kameneff encourt 20 ans de réclusion s'il est reconnu coupable de viols sur mineurs - -
C’est finalement un procès public qui s’est ouvert ce mardi matin aux assises de Paris, afin de juger Léonide Kameneff, 76 ans, ancien psychothérapeute pour enfants, qui comparaît libre jusqu'au 22 mars. Le fondateur de L'Ecole en bateau, projet d'éducation alternative à bord de voiliers lancé en 1969 dans le but d’offrir un épanouissement personnel à des enfants, est accusé ainsi que trois équipiers, de viols par neuf anciens élèves.
A la fois accusé et partie civile
L'un des trois équipiers était âgé de 17 ans à l'époque des abus sexuels qui lui sont reprochés, ce qui explique la tenue du procès devant une juridiction pour mineurs. Aujourd'hui âgé de 39 ans, il affirme avoir lui aussi été violé sur le bateau et est également partie civile. Skipper en Polynésie, il a pris place à l'écart des accusés et des autres plaignants, le président Olivier Leurent lui rappelant sa "double casquette" peu commune dans un procès d'assises. La publicité restreinte de l'audience est la règle devant une cours d'assises des mineurs mais le parquet général a demandé un procès public pour « une garantie de bonne justice » et aucune partie ne s'y est opposée.
Une emprise psychologique
Les plaignants ont entre 33 et 46 ans, et attendaient le procès depuis 18 ans. Agés de moins de 15 ans dans les années 80-90, ils étaient embarqués à bord de trois bateaux qui sillonnaient les mers du globe. En février 2012, l'Etat a été condamné pour le "déni de justice" qu'a représenté la longueur de la procédure. « J'aimerais que ce procès permette de dire que les enfants ne souhaitent pas de relations sexuelles avec les adultes », a déclaré Marie Rigod, l'une des plaignantes et ancienne élève de l'association. Elle fut l'une des premières à déposer plainte, en 1994, contre les abus sexuels subis sur les bateaux-écoles, doublés d'une emprise psychologique.
« Kameneff était notre grand maître, notre gourou »
Il y a trois semaines, BFM TV avait recueilli le témoignage de Laurent, victime d'une tentative de viol de Kameneff, aujourd'hui prescrite. Evoquant « beaucoup de colère » et se sentant dépossédé « d’une partie de [son] enfance », il avait 13 ans à l’époque des faits et témoignera au procès. Il évoque l’ambiance particulière des voiliers-écoles et l’emprise de Léonide Kameneff : « il était notre grand maître, notre substitut de père, notre gourou. On avait des séances de massage collectives qui étaient censées nous aider à nous sentir mieux, être bien dans notre corps. Quand vous êtes tous nus, ça dérape vite. C’était un très beau projet, ils ont tout gâché » conclut la victime.
« Un enfant de 11 ou 12 ans n’a d’autre choix que de se soumettre »
Eric Morain, avocat des onze parties civiles, décrit « le phénomène quasi sectaire », la « violence psychologique » rapportés par les victimes. Ces dernières ont également évoqué « un cassage systématique des institutions de l’école et de la famille ». L’avocat ajoute : « On est sur un bateau dans un lieu clos, à l’autre bout du monde, éloigné de ses parents. Il y a un capitaine, seul maître à bord, des règles édictées par lui. Il y avait des séances de massages, de masturbation collective initiées par les adultes, par un phénomène de groupe. Un enfant de 11 ou 12 ans est obligé de se soumettre. Le fait que ce procès ait lieu est leur plus belle victoire ».
« Seule une minorité est venue se plaindre »
Léonide Kameneff conteste les faits. Son avocat Maître Yann Choucq a indiqué qu’il n’y avait pas de « reconnaissance de faits de viols ». Le magistrat a ajouté : « Aujourd’hui, compte tenu de l’évolution de la société, on n’a plus le même regard sur ces aventures. Léonide Kameneff n’a jamais caché ces séances de massages collectifs de relaxation sur le pont en fin de journée, sans caractère sexuel. Mon client fait observer que sur 400 enfants, seule une minorité est venue se plaindre. Si le système était généralisé, pourquoi ceux-là et pas les autres ? » avant d’émettre l’hypothèse d’une probable situation de revanche.
Léonide Kameneff encourt 20 ans de réclusion. Parmi les 400 enfants ayant été embarqués dans L’Ecole en bateau, beaucoup ont déclaré avoir passé un séjour formidable, certains d'entre eux devraient être entendus au cours des débats. Une trentaine de plaignants s'étaient initialement signalés mais plusieurs cas ont été déclarés prescrits.











