Harcèlement à l'école: "on a vécu 3 ans de cauchemars" après un "happy slapping"
A l'automne 2012, Romain, élève de 5e dans un collège ordinaire, est attaqué par une quinzaine d'élèves de 6e dans la cour de récréation. Plaqué au sol, il est roué de coups. La scène, qui dure une dizaine de minutes, est filmée par un élève sur son téléphone portable. Romain, traumatisé et mortifié, ne dit rien à ses proches sur le coup. Le début d'une descente aux enfers pour le jeune adolescent, âgé de 11 ans.
Rapidement, la vidéo se retrouve sur les réseaux sociaux et circule pendant plusieurs semaines. "C'était extrêmement humiliant. On est alors partis pour trois ans d'échec scolaire, de phobies, de cauchemars, et de gestes violents envers lui-même", rapporte la mère de Romain, rencontrée par BFMTV.
"C'est un jeu, passez à autre chose"
Jamais la vidéo ne sera retrouvée par des adultes. Pas de preuve. L'établissement, où cette mère est elle-même professeur, ne prendra aucune mesure éducative. "On aurait aimé que le collège convoque immédiatement Romain pour qu'il raconte ce qui s'était passé. Cela n'a jamais été fait. Le recteur nous a un jour écrit en nous disant: 'Le proviseur dit que c'est un jeu, arrêtez d'en faire un problème, et passez à autre chose'."
Il faudra pourtant plusieurs années à Romain pour "passer à autre chose": l'adolescent, qui s'est renfermé petit à petit sur lui-même, a développé un stress post-traumatique. Ses parents ont fini par porter plainte, ce qui a mené à un simple rappel à la loi pour trois élèves.
Dix-huit mois après les faits, Romain a dû changer de collège, mais aujourd'hui, il rentre au lycée "la tête haute" et a "récupéré scolairement", explique sa mère, qui a écrit un livre pour raconter son histoire (*).
Une nouvelle campagne lancée
Romain est loin d'être un cas unique. Actuellement, un enfant sur 10 se dit victime en France de harcèlement à l'école. Un phénomène qui a poussé l'institution à se mobiliser et à sensibiliser les personnels et les élèves. "On a énormément d'acteurs qui peuvent être au service des collèges et lycées. La difficulté est d'arriver à convaincre le chef d'établissement d'accepter de l'aide, et de lui faire prendre conscience de l'existence d'un réel problème", explique André Canvel, délégué ministériel à la violence scolaire.
Ce jeudi, la ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem lance un nouveau numéro d'appel unique, le 30 20, un clip de campagne, et s'engage à former toujours plus d'enseignants pour savoir réagir en cas de problème. En France, 250 référents académiques sont désormais en poste. En cas de manque d’écoute, tout parent peut s’adresser à eux dans chaque académie.











