Charente : un professeur suspendu pour une rédaction sur le suicide

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C’est un devoir de classe de troisième qui a révolté les parents. Le professeur de français d’un collège de Montmoreau-Saint-Cybard (Charente), a fait plancher ses élèves de 14 - 15 ans sur le thème du suicide, fin octobre. La Charente Libre a dévoilé l’intitulé de cette rédaction : « Vous venez d'avoir 18 ans. Vous avez décidé d'en finir avec la vie. Votre décision semble irrévocable. Vous décidez dans un dernier élan de livrer les raisons de votre geste. En dressant votre autoportrait, vous décrivez tout le dégoût que vous avez de vous-même. Votre texte retracera quelques événements de votre vie à l'origine de ce sentiment ».
Pour ce devoir, le professeur a été suspendu lundi, « à titre conservatoire, le temps que l'enquête administrative soit diligentée », a expliqué le rectorat, saisi par des parents d’élèves surpris et indignés par ce devoir. Agé d’une trentaine d’années, l’enseignant devait être entendu lundi par le directeur académique, à Angoulême.
« Il n'a pas voulu répondre, et nous a dit : C'est comme ça »
En découvrant le sujet, des parents d’élèves avaient décidé de contacter la presse. Dans un courrier, ils écrivent : « Nous n'avons pas l'habitude de remettre en question ce qui se passe à l'école, mais il y a des limites. Quel va être le prochain sujet ? Que ressentez-vous lorsque vous vous piquez ? On aimerait comprendre ».
« Quand le prof nous a donné le sujet, ça nous a étonnés, raconte un élève, cité par La Charente Libre. On lui a posé des questions. Il n'a pas voulu répondre, et nous a dit : "C'est comme ça" »
« Le professeur n'est pas un psychothérapeute »
« Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas évoquer la mort et le suicide, mais il faut le faire par le biais de la littérature, estime sur RMC Michel Buttais, professeur de français et membre du collectif Sauvons les lettres. Lamartine, par exemple, disait "la littérature m'a permis d'échapper au suicide". Cela, ça permet d'en parler comme d'un objet de rélexion. Le professeur n'est pas un psychothérapeute, il est là pour exposer la façon dont les hommes se sont interrogés sur l'amour, sur la mort, sur toutes les questions de l'humanité ».
Un sujet ainsi posé « c'est très dangereux (...) surtout pour des adolescents qui se cherchent, doutent d'eux-mêmes », a expliqué le docteur Xavier Pommereau, psychiatre et spécialiste de l'adolescence en difficulté. « On peut faire réfléchir un adolescent sur tous les sujets (...) à la seule condition expresse de ne jamais le mettre, lui, en position d'acteur défavorable », a-t-il ajouté. « Il faudrait plutôt leur dire "Qu'est-ce que vous feriez pour venir en aide à un ami qui vous parle d'idées suicidaires ?" », selon le médecin.











