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"Ça aurait pu être vraiment dramatique": 20 ans après, un ancien élève auteur de harcèlement témoigne

BFM Hortense Gérard et Véronique Sèvre, avec JMA
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Brimades, coups physiques, moqueries... Pendant son passage au collège, Zacharie a harcelé plusieurs de ses camarades, sans que les punitions et les renvois ne le fassent changer d'attitude. Aujourd'hui, près de 20 ans plus tard, Zacharie revient sur ces mauvais traitements.

Près de 20 ans plus tard, Zacharie n'a pas oublié le harcèlement scolaire qu'il a fait vivre à plusieurs élèves de Lésigny (Seine-et-Marne). Pour BFMTV, il revient sur son parcours scolaire, rythmé de haut et de bas, mais surtout par le harcèlement, non pas comme victime, mais du côté du tourmenteur.

Tout débute en CM2, où pendant un an, Zacharie se moque et porte des coups à un élève de son âge. "J'avais identifié qu'il n'était pas dans les normes de masculinité, un peu efféminé. Ça a duré jusqu'au début de la sixième", raconte Zacharie.

Arrivé au collège, Zacharie continue. "Je l'ai jeté des gradins (du gymnase) et je l'ai frappé devant absolument tous les sixièmes", continue-t-il. "Ça a marqué au fer rouge le fait que j'étais un sale môme."

"Après ça, j'ai continué à prendre à partie d'autres élèves et notamment un que j'ai badigeonné avec une feuille urticante. Il se trouve qu'il a fait une réaction allergique et qu'il est parti à l'hôpital. Ça aurait pu être vraiment dramatique."

"Ça me permettait d'occuper un rôle"

Le harcèlement a perduré pendant toute la période du collège. En parallèle, l'établissement étiquette Zacharie comme meneur et mauvais élève. Il sera même renvoyé et devra changer d'établissement. Mais le collégien continue son harcèlement, une manière de se distinguer. "Je cherchais à trouver ma place. Je ne brillais pas par mes notes, je ne faisais pas de football. C'était une manière de ne pas perdre la face dans cet environnement très concurrentiel qu'est l'école."

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Aujourd'hui adulte, Zacharie est conscient qu'il a pris pour cible "les plus faibles" pour "se valoriser" lui-même. "Je ne pense pas avoir pris du plaisir à harceler, mais j'ai été très encouragé par le groupe. Et j'étais très valorisé après avoir harcelé et fait une bêtise. Ça me permettait d'occuper un rôle."

"Tout le monde ne se saisit pas du harcèlement comme un moyen de se protéger", mais pour Zacharie, lorsqu'il était adolescent, "remettre en question l'autorité, la hiérarchie établie entre les bons et les moins bons, c'était une manière d'exister auprès de mes camarades", résume-t-il.

"Ne plus avoir besoin du harcèlement pour exister"

Même pour Zacharie, il était difficile de comprendre les mécanismes dans lesquels il s'était enfermé et de les "transcender". "À l'époque, le terme de harcèlement n'était pas vraiment employé. On commençait à en parler quand j'étais au lycée. Donc c'était difficile pour les professeurs et mes parents d'identifier ça."

C'est arrivé en lycée professionnel que Zacharie a un déclic, et sort de cette mécanique toxique. "Ça a été une rupture totale et nette. Pour la première fois, les professeurs me disaient que j'étais à ma place."

Pour cet ancien harceleur, le message est clair: ce ne sont pas les "punitions" qui font arrêter un harceleur, mais c'est la place qu'on lui donne. "Il faut trouver un moyen de donner de la valeur à un élève qui harcèle pour qu'il puisse ne plus avoir besoin du harcèlement pour exister auprès de ses camarades."

Désormais titulaire d'un master, le jeune homme pourrait participer à changer les choses de l'intérieur. Il envisage de se présenter au concours de professeur.

3018: le numéro de téléphone pour les victimes du harcèlement

Tout élève victime de harcèlement scolaire peut contacter gratuitement le numéro national d'écoute au 3018. L'élève ou ses proches peuvent également contacter le numéro en cas de cyberharcèlement. Ce numéro est joignable 7 jours sur 7, de 9 heures à 23 heures.