Éducation, police, justice... Les élus de Seine-Saint-Denis à Matignon pour réclamer plus de moyens

La démarche est rare et significative: l'ensemble des parlementaires de Seine-Saint-Denis étaient reçus ce mercredi par le Premier ministre Edouard Philippe pour réclamer d'une même voix "l'égalité", après un rapport parlementaire accablant qui avait pointé des inégalités de traitement à l'égard du département.
Le rendez-vous fait suite à la publication en mai dernier d'un rapport, piloté par les députés François Cornut-Gentille (LR) et Rodrigue Kokouendo (LREM) et qui avait évalué l'action de l'État dans trois domaines régaliens: éducation, justice et police.
Des enfants scolarisés tardivement, une justice à bout de souffle
Dans l’éducation d’abord, seulement 3% des enfants de moins de 3 ans sont scolarisés en Seine-Saint-Denis. C’est le plus faible taux de France. D'autant que lorsqu’ils grandissent, ces élèves perdent un an de scolarité entre le CP et la 3e à cause de l’absentéisme de leurs professeurs qui ne sont pas remplacés.
Dans la justice, les demandes sont également nombreuses. Le tribunal de Bobigny, deuxième de France, est saturé. Selon le député de Seine-Saint-Denis, Stéphane Peu, il faut compter un an et demi pour un divorce par consentement mutuel à Bobigny contre deux mois dans un tribunal parisien.
La police de proximité peu efficace, selon les élus
Enfin, dernier pilier où les moyens manquent cruellement selon les parlementaires: la police. Il faut dire que le département enregistre déjà une forte criminalité avec une soixantaine de fusillades dénombrées depuis le début de l’année. Les effectifs de police sont trop faibles d’après les élus avec un policier pour 400 habitants.
Et la police de proximité annoncée par Gérard Collomb ne les rassure pas puisqu'elle ne concernera que 20.000 habitants dans le département. Par ailleurs, seuls 0,2% des moyens seront alloués à la Seine-Saint-Denis dans le cadre de cette mesure.
Selon le sénateur Philippe Dallier, qui avait écrit au Premier ministre après la publication du rapport, "il y a 23 policiers de plus en Seine-Saint-Denis, ce n'est pas à l'échelle de nos problèmes", dans ce département qui compte plus de 1,5 million d'habitants.
Les élus réclament un "plan de rattrapage"
Leur constat des élus est partout le même: la Seine-Saint-Denis, qui cumule les difficultés, reste sous-dotée comparée à d'autres territoires, avec notamment des fonctionnaires moins nombreux et moins expérimentés qu'ailleurs. Face à ce "scandale", les parlementaires réclameront mercredi un "plan de rattrapage", explique à l'AFP la députée LFI Clémentine Autain.
"Maintenant qu'on a ce rapport sous les yeux", il y a deux options, ajoute-t-elle: "soit il va prendre la poussière sur une étagère comme d'autres rapports sur la Seine-Saint-Denis, soit on a enfin un gouvernement qui prend des mesures pour modifier cette trajectoire historique inadmissible".
"Des efforts ont été faits dans le passé, mais c'est tellement loin des besoins pour que ce département devienne un département comme les autres", ajoute Philippe Dallier.
Les parlementaires ont également demandé un "comité de suivi" des actions que le gouvernement entend prendre. "On ne fait pas la manche, on demande d'arriver à une situation d'égalité avec les autres départements", souligne encore Clémentine Autain, qui avait appelé, après la publication du rapport, à une mobilisation pour "l'égalité républicaine pour la Seine-Saint-Denis".
À la suite de cet appel, signé par quinze parlementaires du département, un après-midi de débat autour de cette question doit avoir lieu le 5 octobre à Bobigny, avec des élus et des "forces vives" du département.












