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Dénoncer ses collègues ivres à son employeur ?

BFM La rédaction et Sébastien Gilles
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Un dispositif anti-alcoolisme au travail fait grincer des dents : les employés sont appelés à dénoncer leurs collègues ivres.

Depuis deux mois maintenant, l'entreprise française d'élevage de poulets « Doux Père Dodu », deuxième volailler européen, consulte ses salariés pour mettre en place un système de signalement des travailleurs qui auraient un comportement anormal parce qu'ils ont bu, pris une drogue ou un médicament. Cette mesure, qui n'est pas encore mise en place, concernerait les 22 sites de l'entreprise, soit 6 000 salariés.

L'entreprise demande à ses salariés d'alerter la direction lorsqu'un collègue présente un comportement anormal. Concrètement, lorsqu'il a des difficultés d'élocution, une haleine chargée, lorsqu'il tient des propos incohérents... Le chef de service doit alors remplir un fiche avec le nom du salarié concerné, le résultat d'un test d'alcoolémie et prévenir le médecin du travail ou, dans les cas les plus graves, la police ou la gendarmerie, cette fiche étant ensuite transmise au directeur...

Pour l'instant ce système est encore à l'étude au sein du groupe car il faut l'accord de tous les délégués. Mais la CGT a déjà alerté la CNIL (Commission Nationale Informatique et Liberté) qui va se pencher sur la légalité d'une telle mesure et devrait remettre ses conclusions dans les prochaines semaines.

Pour Michel Le Guellaud, le délégué CGT, l'entreprise « demande carrément à des collègues de travail d'aller jusqu'à faire de la délation, jusqu'à dire que son collègue est ivre au boulot, rappeler à sa hiérarchie que l'on a surpris telle personne dans un tel état. Ca voudra dire que l'on pourra même faire appel à la police pour venir constater, je crois que ça va un peu loin. On ferait mieux de s'occuper du bien-être du salarié, des conditions de travail et du salaire ».

L'alcoolisme au travail est-il un tel fléau ? De telles mesures sont-elles nécessaires ? Pour Françoise Lamoureux, médecin du travail en Normandie et diplômée d'alcoologie, « c'est que dans certaines entreprises, des personnes étaient connues pour être l'alcoolique de service et c'était toléré. Mais maintenant, ça n'existe plus parce que ces gens-là ne sont pas maintenus dans l'entreprise, qui a des impératifs de rentabilité encore plus élevés qu'avant ». De plus, elle explique que « si la personne a consommé de l'alcool de façon excessive pendant le repas de midi, si elle arrive avec un taux d'alcoolémie qui entraîne des signes d'ivresse, normalement elle ne peut pas reprendre son poste de travail. C'est clairement prévu dans le Code du Travail. Le chef d'entreprise doit prendre des mesures adaptées pour retirer la personne de son poste et assurer le suivi, avec si nécessaire une surveillance médicale ».