Coronavirus: dans une pétition, des enseignants réclament l’annulation de l’oral du bac de français

Epreuves du baccalauréat dans un lycée de Strasbourg, en juin 2019 - FREDERICK FLORIN / AFP
Maintenir l’oral du bac de français? C’est "irresponsable". Des professeurs de lettres sont vent debout contre l’annonce faite vendredi par le ministre de l’Education nationale. Jean-Michel Blanquer a en effet décidé de maintenir l’épreuve orale du baccalauréat de français pour les élèves de première alors que les classes de terminale qui passent un bac général, technologique et professionnel seront évaluées uniquement via le contrôle continu en raison de l'épidémie de coronavirus.
Une décision jugée "incohérente, inéquitable et dangereuse" par de nombreux professeurs, qui ont immédiatement lancé une pétition réclamant l’annulation de cette épreuve.
"Inégalités sociales"
Alors que les écoles sont fermées depuis la mi-mars, les professeurs s’inquiètent de ne pas avoir eu le temps d’entraîner leurs élèves pour cet oral. D’autant que le ministère n’a pas encore annoncé de date pour retrouver les bancs de l’école et ainsi tenter de rattraper le temps perdu.
"Si l’on considère que les élèves peuvent 'spontanément' faire la critique littéraire d’une œuvre qu’ils ont lue seuls chez eux, accompagnés de loin pendant le confinement puis dans l’urgence en classe, l’oral de français se transforme en chambre d’enregistrement des inégalités sociales. Cela revient à valoriser, de fait, les élèves qui entendent, le soir à table, leurs parents discuter des romans de la rentrée littéraire, et à pénaliser ceux qui n’entendent guère parler littérature chez eux", exposent les auteurs de la pétition.
Jean-Michel Blanquer a toutefois tenté de faire passer la pilule en annonçant que le recueil de textes à réviser serait allégé. Une tentative restée vaine pour cette cohorte d’enseignants qui estime que cela "ne saurait résoudre le problème puisque le bac de français 2020 comporte également une épreuve de grammaire conséquente, et un entretien oral portant sur une œuvre intégrale dont la démarche ne saurait s’improviser".
Risque sanitaire
Dernier argument, et non des moindres: le risque sanitaire. Cet oral suppose qu’un professeur se retrouve durant 20 minutes face à un élève "avec lecture expressive, transmission des bulletins de passage"... Tout cela "quelques semaines, voire quelques jours après le déconfinement".
Les auteurs de la pétition s’interrogent: "Espère-t-on vraiment organiser (cet examen) dans des conditions qui garantissent la sécurité des examinateurs et des candidats?"
Pour ces raisons, ils réclament "dès maintenant" d’abandonner l’idée de faire passer l’oral du bac de français aux premières "afin de ne pas laisser perdurer l’incertitude et l’anxiété parmi les enseignants, les élèves et leur famille". Pour l’heure, leur sollicitation est restée lettre morte. Mais vendredi, le ministre de l’Education nationale avait déjà prévenu que cette épreuve serait maintenue "dans la mesure du possible".












