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Christian Noyer se joint aux critiques du "grand déballage"

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PARIS (Reuters) - L'opposition, qui critique le "grand déballage" provoqué en France par le projet d'exiger des élus la transparence totale sur...

PARIS (Reuters) - L'opposition, qui critique le "grand déballage" provoqué en France par le projet d'exiger des élus la transparence totale sur leur patrimoine après l'affaire Cahuzac, a reçu mercredi un soutien de poids en la personne de Christian Noyer.

Le gouverneur de la Banque de France, qui s'exprime rarement sur des sujets de politique intérieure, a mis en garde contre le risque que la plus grande transparence exigée des responsables politiques ne tourne à l'exercice de "téléréalité".

"Je n'aime pas beaucoup l'étalage des informations personnelles sur la place publique, je trouve que c'est pas vraiment ça la démocratie", a dit Christian Noyer sur Europe 1.

Plusieurs parlementaires et certains ministres ont rendu public l'état de leur patrimoine ces derniers jours, au moment où le gouvernement prépare à la hâte un projet de loi sur la moralisation de la vie politique après les révélations sur le compte bancaire clandestin à l'étranger de l'ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac.

"La démocratie, c'est d'avoir des règles qui soient précises, des contrôles, des sanctions mais étaler tout sur la place publique, c'est passer de la rigueur morale qui est nécessaire à la curiosité malsaine", a estimé le gouverneur central français.

"Ça ne peut qu'attiser les tensions, les divisions, la jalousie. Donc je crois que c'est un exercice qu'il faut maintenir au strict minimum", a-t-il ajouté en estimant nécessaire "qu'on ait aussi en Europe une façon de s'organiser qui empêche de contourner les règles".

Pour Christian Noyer, la démocratie, l'état de droit "ce n'est pas de faire de la téléréalité sur tout et tout le monde mais c'est d'avoir des contrôles clairs, des règles et des sanctions."

"VOYEURISME"

L'opposition continue pendant ce temps à dénoncer l'opprobre jeté selon elle sur l'ensemble de la classe politique en raison du comportement de l'ancien ministre du Budget.

"Ces unes (de journaux) sont les unes d'une démocratie malade. Des élus viennent se déshabiller en place publique", a ainsi déclaré sur Europe 1 l'ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino.

"Des élus viennent de façon un peu lamentable et complètement pathétique, à cause de la pression que tout le monde exerce, dire qu'ils ont une maison, une voiture d'occasion", a-t-il ajouté.

"Jusqu'où va-t-on aller dans la dégradation de la vie publique, dans l'abaissement de la dignité du politique ? La plupart des hommes et des femmes politiques de ce pays sont des gens honnêtes pour qui la politique est un sacrifice. Ils méritent le respect."

L'ancienne ministre UMP Nadine Morano, proche elle aussi de l'ancien président, a insisté sur le caractère personnel de l'affaire Cahuzac et a dit n'avoir aucunement l'intention de dévoiler son patrimoine.

"Nous sommes uniquement sur le cas de monsieur Cahuzac", a-t-elle dit sur France Info. "La quasi totalité des responsables politiques sont des gens honnêtes. Vous aurez toujours quelques brebis galeuses. De là à tomber dans le déballage ou le voyeurisme..."

"Moi je n'ai rien à cacher mais rien à montrer non plus", a-t-elle ajouté. "Et je pense qu'il y a une frontière entre la vie publique et la vie privée."

Yann Le Guernigou et Patrick Vignal, édité par Yves Clarisse