BFM

Blanchiment : comment fonctionnait le réseau

BFM La rédaction Avec Claire Andrieux
-

- - -

Téléchargez la nouvelle app BFM
Ce week-end, une élue parisienne a été mise en examen pour blanchiment d’argent et association de malfaiteurs. Elle pourrait être, volontairement ou non, l’un des maillons d’une chaîne complexe de blanchiment.

Le réseau aurait brassé 100 millions d’euros, en dix mois. Coup de filet spectaculaire après la mise en examen de 17 personnes soupçonnées d’être impliquées dans un vaste réseau de blanchiment d'argent et de trafic de stupéfiants.
L'enquête menée conjointement par la répression des stupéfiants et la répression de la délinquance financière a permis de démanteler tout une filière qui a importé plus de huit tonnes de cannabis, le produit des ventes étant injecté dans un circuit complexe de blanchiment.
Et parmi les personnes mises en examen, un nom ressort plus que les autres : celui de Florence Lamblin, l’élue parisienne d'Europe écologie-Les Verts.
L’adjointe au maire du 13e arrondissement, placée sous contrôle judiciaire depuis vendredi nie toute implication et elle s'est retirée de ses fonctions d'adjointe tout en gardant son mandat d'élue. Elle est suspectée de « blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs »

« Deux mondes improbables, les stupéfiants et ceux qui utilisent du cash »

Sans le savoir, elle aurait en fait pu faire partie d’un système bien plus large que les 400 000 euros saisis à son domicile et dans des coffres.
« Il faut avoir une image à l’esprit, le sablier. Dans la partie haute, l’argent des stupéfiants, au milieu, le collecteur », explique Jean-Marc Souvira, le directeur de l'office centrale de la grande délinquance financière. « C’est le pivot entre deux mondes improbables, entre les stupéfiant et ceux qui utilisent du cash. Ces derniers disposent d’un compte bancaire en Suisse. Donc quand le blanchisseur remet 200 000 euros, de son compte sont prélevés 200 000 euros majorés des 8% de la commission du blanchiment, évacués vers des sociétés qui appartiennent aux trafiquants de stupéfiant ».

« D’où vient l’argent ? De la prostitution ou la drogue »

« L’erreur que ces gens ont fait, et peut être que l’élue l’a faite également, c’est qu’au fond, elle n’a pas vraiment voulu savoir d’où venait l’argent », analyse l’avocat fiscaliste en Suisse Philippe Kenel. « C’est assez simple. Vous avez question qui a un compte en Suisse qui n’est pas déclaré en France. Il ne veut pas passer la frontière avec l’argent. Donc vous avez une personne qui lui dit « quelqu’un qui va nous remettre de l’argent en France, on va vous le donner, et on transférera la même somme de votre compte en Suisse sur compte ». Sauf que cela n’est évidemment pas sans risque. « C’est vraiment faire l’autruche, car d’où vient l’argent liquide ? C’est assez simple, soit de la prostitution, soit de la drogue ».

« Une véritable industrie du blanchiment »

Et le business peut-être juteux. En France en 2011, « il a été saisi pour 250 millions d’euros d’argent blanchi au travers de trafic, c’est-à-dire une centaine de biens immobiliers, à peu près 2 000 voitures, bateaux, avions, des dizaines de millions d’euros en espèce », explique Jean de Maillard, magistrat spécialiste de la criminalité financière au TGI de Paris. « Il y a une véritable industrie du blanchiment en pleine surchauffe compte tenu de l’importance du trafic de drogue. A côté de ça, vous avez quelques policiers débordés et quelques juges qui travaillent dessus », regrette-t-il.