Accessibilité des espaces publics : « Beaucoup d'handicapés renoncent »

Les personnes handicapées passent le double ou le triple de temps en plus dans les transports en commun par rapport aux personnes valides - -
La loi de février 2005 prévoit pour 2015 un taux de 100% d’accessibilité concernant les lieux destinés à recevoir du public. Les conclusions du rapport remis ce vendredi au gouvernement par Claire-Lise Campion, sénatrice socialiste de l'Essonne, après cinq mois de travail, devraient être nettement moins optimistes.
En septembre dernier déjà, Marie-Arlette Carlotti, la ministre chargée des Personnes handicapées, assurait que les objectifs de cette loi ne seraient pas atteints. Selon la ministre, 40% des lieux publics seulement répondraient à ces exigences. Les associations d'aide aux handicapés dénoncent une réalité tout autre : selon un sondage réalisé en 2010, seulement 15% des lieux destinés à accueillir du public seraient accessibles aux personnes handicapées.
« Beaucoup d’handicapés renoncent et ne sortent plus »
Au quotidien, se déplacer se révèle être un vrai casse-tête pour les personnes handicapées. RMC a accompagné Sandra, 28 ans, dans les transports en commun. Atteinte d’une maladie osseuse depuis sa naissance, elle mesure 1,40m, circule dans un fauteuil roulant de 130 kilos et passe trois heures par jour dans les transports entre chez elle et son travail. Outre les dangers « Il y a deux gros cartons sur le trottoir. Il y a deux solutions : ou je prends le trottoir en sens inverse, ou je traverse la route en sens inverse. Je vais arriver sur la route », elle évoque l’inconfort et la chronophagie de ses trajets. A Paris, les bus sont tous équipés d'une rampe d'accès. Lorsqu’elles ne fonctionnent pas, la jeune femme doit attendre le bus suivant dans le froid. Elle triple quasiment son temps de transport par rapport à si elle était valide : « J’ai trois heures de transports en commun par jour au lieu de 1h15. Beaucoup d’handicapés renoncent et ne sortent plus en se disant que la vie dehors n’est pas faite pour eux ». Autre solution, le taxi, mais avec son fauteuil, elle paye 25 euros de plus qu’une personne valide.
« La SNCF nous place encore plus en situation de handicap »
Pour Sandra, ces difficultés ne sont rien comparées au train : « La SNCF n’autorise pas plus de deux personnes en fauteuil roulant par trajet. Mettre uniquement deux places à disposition sur un train entier, c’est complètement aberrant. Avec de tels critères la SNCF nous place encore plus en situation de handicap », déplore la jeune femme.
BFMTV a suivi Guillaume, paralysé des jambes, dans son quotidien urbain
« Ce qui est investi va servir à tout le monde »
Pour Jean-Louis Garcia, président de l'Association pour les adultes et jeunes handicapés (APAJH), ce retard reflète une absence de volonté politique. « Bien sûr qu’il y a des contraintes financières, mais il faut faire des choix. Des villes ont fait le choix de se rendre accessibles, et pas d’autres ». A ses yeux, une telle évolution apporterait pourtant un bénéfice global : « Des tramways accessibles aux personnes handicapées deviennent aussi accessibles pour tout le monde : une maman avec une poussette, une personne âgée…ce qui est investi va servir à tout le monde ».
La loi de 2005 ne prévoit pas de sanctions pour les établissements difficilement accessibles aux personnes handicapées. Jean-Louis Garcia l’envisage pour les contrevenants qui n’entendraient pas « l’intérêt général » : « C’est dommage d’arriver à des conclusions pareilles. On va peut-être dire que la personne handicapée ne prend pas en compte les réalités et les difficultés du pays. ‘Vous n’allez pas en plus demander qu’on rende tous les lieux accessibles ?’ », ironise le président de l’APAJH avant de conclure : « Il faut arriver à entendre qu’un homme est un homme, une femme est une femme, quelle que soit sa différence ».












