Un an après Xynthia, climat lourd à La Faute-sur-Mer

A la Faute-sur-Mer, après le passage de la tempête Xynthia. - -
Les mots "Urbanisme financier", "Honte" et "Démission" ont ainsi récemment été peints sur le sol par des anonymes devant la mairie de la commune, dont certains élus sont accusés d'avoir urbanisé à outrance des zones inondables.
"Pendant des années, le maire a tergiversé au nom du développement économique de la commune et, pendant ce temps-là, on a pu construire en toute légalité sur d'anciens marécages", dit François Anil, membre de l'Association des victimes des inondations de La Faute-sur-Mer (Avif).
Après dix ans de palabres, un Plan de prévention des risques d'inondation (PPRI) est aujourd'hui en cours de finalisation entre la mairie et l'Etat. Ce document d'urbanisme imposera des travaux aux occupants des maisons les plus exposées.
"Mais la préfecture aurait pu imposer ce document sans l'aval du maire, et elle ne l'a pas fait", estime François Anil, un retraité de 65 ans qui s'est installé à La Faute-sur-Mer en 2005, pour qui la responsabilité du drame est "collective".
L'enquête judiciaire, confiée en juin à un juge d'instruction des Sables d'Olonne (Vendée), n'a toutefois pas abouti à de mises en examen pour le moment.
L'instruction fait suite à quarante plaintes de sinistrés, déposées pour "homicide involontaire", "mise en danger de la vie d'autrui", "prise illégale d'intérêts" et "abstention de combattre un sinistre".
DEUX ANS D'ENQUÊTE
Elle a conduit à la saisie, récemment, de documents d'urbanisme à la mairie de La Faute-sur-Mer.
"En ce moment, le juge entend des personnes presque tous les jours", rapporte Thierry Dran, procureur des Sables d'Olonne.
"Il a déjà rassemblé une dizaine de tomes, c'est assez impressionnant", précise le magistrat. "Au vu de la masse de dossiers, il lui faudra compter au moins dix-huit mois à deux ans d'enquête."
Mais la recherche de responsabilités après le drame n'est pas le seul motif de discorde à La Faute-sur-Mer. La petite station balnéaire se déchire aussi entre les sinistrés qui ont accepté la proposition de rachat de l'Etat et les autres, décidés à rester coûte que coûte.
"La meilleure amie de mon compagne ne lui parle plus, depuis que celle-ci a décidé de vendre sa maison à l'Etat", témoigne Yannick Lange, président de l'association des sinistrés de La Faute-sur-Mer.
"Notre vice-président s'est aussi fait jeter des pierres par un ancien adhérent, alors qu'il se faisait interviewer par France 3. On n'est pas dans la bande de Gaza, mais ça y ressemble !", sourit-il.
Sur les 823 maisons et cabanons situés dans les "zones de solidarité" de La Faute-sur-Mer et de la commune voisine de L'Aiguillon-sur-Mer, seuls 79 propriétaires récalcitrants s'exposent aujourd'hui à des mesures d'expropriation, selon un décompte fait en décembre par la préfecture de Vendée.
Les "déconstructions" des premières maisons rachetées par l'Etat pourraient survenir dans les prochaines semaines.
Edité par Yves Clarisse











