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Luc Chatel insiste sur sécurité et formation dans l'Education

La sécurisation des lycées, la formation des professeurs et la cohésion des personnels de l'Education doivent être les priorités dans la lutte contre la violence à l'école, estime le ministre de l'Education nationale, Luc Chatel. /Photo prise le 26 mars 2

La sécurisation des lycées, la formation des professeurs et la cohésion des personnels de l'Education doivent être les priorités dans la lutte contre la violence à l'école, estime le ministre de l'Education nationale, Luc Chatel. /Photo prise le 26 mars 2 - -

PARIS - La sécurisation des lycées, la formation des professeurs et la cohésion des personnels de l'Education doivent être les priorités dans la...

par Clément Guillou

PARIS (Reuters) - Luc Chatel a partiellement contenté les syndicats de l'Education nationale jeudi en insistant sur la formation des enseignants pour lutter contre la violence à l'école mais il maintient les mesures de sécurité prônées par Nicolas Sarkozy.

Malgré les réticences des experts, le ministre de l'Education nationale confirme l'objectif de "sanctuarisation" des établissements scolaires, souhaité par le chef de l'Etat il y a un an, et veut faciliter la suppression des allocations familiales des parents des élèves souvent absents.

Les équipes mobiles de sécurité, mises en place par son prédécesseur Xavier Darcos, seront doublées dans les académies les plus exposées à la violence.

Des formations à la gestion des conflits seront intégrées lors des années de master, en stage, et en continu dans les établissements les plus exposés. Un objectif que ne permet pas la réforme de la formation, selon les syndicats de l'Education.

Tout en saluant son discours sur les sanctions positives et la pédagogie, les syndicats ont jugé le ministre trop porté sur la sécurité, en décalage avec les débats entendus mercredi à l'université de la Sorbonne dans le cadre des états généraux de la sécurité à l'école.

"Je suppose que le ministre est en service commandé par rapport à son électorat mais franchement, ça vient ternir la qualité des débats", a dit à Reuters Thierry Cadart, secrétaire général du syndicat Sgen-CFDT, "fâché" d'avoir entendu parler de "sanctuarisation, de vouvoiement en cours et d'allocations".

"GRAND DÉCALAGE"

L'intervention jeudi du ministre de l'Intérieur, qui n'était pas prévue, a reflété selon les syndicats le contraste entre des débats centrés sur la vie de classe, et la réaction gouvernementale, focalisée sur la sécurité même si Brice Hortefeux a surpris les participants en évoquant la pédagogie.

"Ses conclusions restent partielles, parfois floues ou (..) empreintes d'un passéisme en grand décalage par rapport aux réalités des établissements et de leur environnement", a résumé Patrick Gonthier, secrétaire général de l'Unsa-Education.

Le président du conseil scientifique de ces états généraux, Eric Debarbieux, a eu le sentiment d'avoir été entendu "sur certaines choses".

"Admettre enfin que les enseignants doivent être des professionnels formés à des choses aussi basiques que la gestion des conflits ou la gestion de classe, c'est un pas", a-t-il dit.

Insuffisant pour les syndicats, qui dénoncent toujours le projet de réforme de la formation. "Face à la demande unanime d'une meilleure formation initiale et continue des personnels, le ministre n'évoque que des modules de formation à la gestion des conflits dont on voit mal comment ils pourront être assurés dans le contexte actuel", dit la fédération FSU.

AUTONOMIE

Luc Chatel a également fait un pas vers l'autonomie des établissements les plus sensibles, en annonçant un programme nommé "Clair" (Collèges et lycées pour l'ambition, l'innovation et la réussite).

Ce dispositif, expérimenté à la rentrée prochaine dans une centaine d'établissements, et généralisé un an plus tard, doit contribuer à une refonte de la carte de l'éducation prioritaire.

Les établissements bénéficieront de plus d'autonomie, notamment dans la pédagogie et le choix des équipes éducatives. Plusieurs syndicats ont déploré une révision à la baisse des objectifs d'enseignements.

Les chefs d'établissement pourront choisir leurs enseignants en disposant d'incitations financières, a dit Luc Chatel. Cette dérogation à la nomination nationale des enseignants devrait cependant indisposer les syndicats.

De quoi "renforcer l'autonomie des lycées, la mise en concurrence des établissements, la ghettoïsation des lycées et la stigmatisation de nombreux lycéens", a regretté le syndicat lycéen Fidl.

Eric Debarbieux s'est lui réjoui que l'Etat comprenne "que la concentration des violences les plus dures dans des zones plus difficiles va nécessiter un traitement différencié".

La politique de sanctions devrait être remaniée après ces états généraux, à la suite des recommandations du groupe de travail du criminologue Alain Bauer.

"L'exclusion de l'établissement n'est pas la solution. Nous devons revoir complètement le système de sanctions", a dit Luc Chatel.

Les sanctions s'inscriront "dans les principes fondamentaux du droit" : procédure contradictoire, explication et proportionnalité de la sanction. Les chefs d'établissement pourront avoir recours à davantage de sanctions "aux vertus pédagogiques" comme les travaux d'intérêt général.

Un point d'étape sur les recommandations de ces états généraux aura lieu en octobre.

Édité par Sophie Louet