Comme nous, les macaques ont aussi une adolescence difficile

Un macaque rhésus, sauvé d'un laboratoire de recherches avec 10 congénères, le 13 mars 2019 à Nogent-le-Phaye. (Photo d'illustration) - Jean-François Monier - AFP
Votre ado vous donne du fil à retordre? Sans le savoir, vous partagez quelque chose avec… les parents macaques. Si les jeunes primates sont moins susceptibles de se défier de manger des aliments avec l'emballage, aspirer des préservatifs par le nez ou marcher sur le toit des trains, eux aussi fonctionnent à l'impulsivité et n'ont pas encore une maîtrise optimale d'eux-mêmes, selon une étude américaine publiée mardi.
Deux chercheurs ont passé en revue de nombreuses études sur la croissance du cerveau chez les humains et chez les primates non-humains, principalement des macaques. Leurs résultats confirment d'une part, si besoin était, que l'adolescence n'est pas qu'un phénomène social mais a bien une origine physiologique. D'autre part, que cette période aventureuse présente bien quelques avantages pour avoir survécu aux méandres de l'évolution.
La difficulté de contrôler son impulsivité
"Comme on le sait tous, l'adolescence est une période d'impulsivité accrue et de quête de sensations fortes, ce qui mène à des choix douteux", explique dans un communiqué le Dr. Beatriz Luna de l'université de Pittsburgh, co-autrice de l'étude.
Des comparaisons sur les plans neurophysiologiques, structurels et fonctionnels entre les adolescents macaques et humains ont souligné la même difficulté à arrêter une réponse "réactive", impulsive (au contraire d'une attitude pro-active). Par exemple, si lors d'une expérience on leur demande de ne pas regarder une image, ils ont du mal à ne pas le faire.
Leur cerveau se réorganise de la même manière à ce passage de la vie. Comme le résume le site scientifique Inverse, le système est en place mais demande encore à s'affiner. La substance blanche se renforce, les connexions neuronales inutiles sont élaguées, le cortex préfrontal n'est pas autant utilisé qu'à l'âge adulte.
Une expérience "essentielle" pour la vie adulte
"Le recherche de sensations et la prise de risques vont jusqu'à mettre en danger l'adolescent. Mais si ce schéma a perduré malgré des millions d'années d'évolution, c'est que cela a un avantage. Il est probable que l'expérience acquise durant l'adolescence est essentielle pour survivre plus tard", explique à Inverse le Dr. Christos Constantinidis, l'autre auteur de l'étude.
"Ces nouvelles expériences amènent des informations sur l'environnement essentielles pour que le cerveau puisse se spécialiser", ce qui permet "d'affiner" un cerveau déjà bien développé, abonde le Dr. Beatriz Luna.
Plus l'organe se développe, plus l'humain ou le primate est capable d'anticiper sa réaction et de la contrôler. La manière dont on vit son adolescence semble donc, selon ces résultats, influencer notre manière de voir les choses et de réagir dans la vie quotidienne adulte.
Ces travaux pourraient permettre de mieux comprendre la vulnérabilité prégnante à l'adolescence et éclairer le développement de troubles psychiques, qui souvent apparaissent à cet âge. Au niveau mondial, le suicide est la troisième cause de mortalité des 15-19 ans, rappelle l'OMS.











