Un antibiotique efficace contre les bactéries résistantes découvert dans le nez

La résistance aux antibiotiques constitue aujourd’hui l’une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale. - iStock - sanjeri
C'est un endroit peu commun pour la découverte d'un antibiotique, et pourtant cette nouvelle a de quoi susciter l'enthousiasme: des chercheurs de l'université de Tübingen et le Centre allemand de recherche sur les infections ont découvert qu'une bactérie qui colonise le nez humain produit un antibiotique jusqu'alors inconnu.
Du nom de Staphylococcus lugdunensis, cette dernière est capable de lutter contre les agents pathogènes les plus résistants, quand les antibiotiques actuels sont devenus inefficaces. Un phénomène qui s'appelle "l'antibiorésistance", lié à l'usage excessif des antibiotiques. Les infections causées par les bactéries résistantes aux antibiotiques, sont parmi les principales causes de décès dans le monde entier.
Un problème d'une grande ampleur
A titre d'exemple, le Staphylococcus aureus résistant à la méticilline, également présent dans le nez, est dans la plupart des cas inoffensif. Mais il peut parfois provoquer de graves infections comme une septicémie lorsqu'il pénètre dans une plaie ouverte. "Dans la seule Union européenne, on estime que les bactéries pharmacorésistantes sont responsables chaque année de 25 000 décès", explique sur ce sujet l'Organisation mondiale de la santé.
Dans leur étude, les chercheurs ont remarqué que le Staphylococcus aureus est rarement trouvé lorsque le Staphylococcus lugdunensis est aussi présent dans le nez. Ce dernier a été appliqué sur la peau de souris préalablement infectées par le Staphylococcus aureus et cette bactérie a bien produit un composé antibiotique, appelé Lugdunine, qui éradique l'infection.
Le corps humain, une source inexplorée
"En temps normal, les antibiotiques ne sont formés que par des bactéries et des champignons du sol, explique le Pr Andreas Peschel. L'idée que la microflore humaine puisse aussi être une source d'agents antimicrobiens est une nouvelle découverte".
Les chercheurs veulent maintenant savoir si le Staphylococcus lugdunensis pourrait effectivement être utilisé comme thérapie chez l'homme. En milieu hospitalier, il faudrait par exemple exposer préventivement les patients à risque de développer un Staphylococcus aureus résistant à la méticilline à cette bactérie. A condition de s'assurer qu'elle ne provoque pas à son tour d'infection.
Cette découverte leur fait par ailleurs espérer que d'autres bactéries présentes dans l'organisme puisse également être mises à profit pour constituer un véritable arsenal contre les bactéries résistantes aux médicaments.











