Transmission, symptômes, séquelles: faut-il avoir peur du chikungunya?
Le moustique Aedes, vecteur des virus du Nil occidental, de la fièvre jaune, de la dengue, du chikungunya et du Zika, à Tehatta, en Inde, le 7 juin 2025 (photo d'illustration) - Soumyabrata Roy / NurPhoto / NurPhoto
C'est une maladie qui se répand de plus en plus et qui fait de plus en plus de cas: le virus du chikungunya. Les départements d'Outre-mer sont les plus touchés. À La Réunion, quelque 54.340 cas ont été confirmés depuis le début de l'année, faisant 28 morts, dénombre l'Agence régionale de santé (ARS). À Mayotte, également en phase épidémique, ce sont 1112 cas confirmés de chikungunya qui ont été enregistrés pour la même période, selon l'ARS.
L'Hexagone n'est pas épargné. Au début de l'été, le virus a circulé à un niveau jamais vu aussi tôt dans l'année. Santé publique France rapporte ainsi qu'au 15 juillet, douze foyers de transmission autochtone - ce qui signifie que la contamination a eu lieu en métropole - ont été identifiés dans l'Hexagone. Ce qui représente un total de 30 cas.
Comment cette maladie se transmet-elle? Quels sont les symptômes? Est-elle dangereuse? Et par quels moyens s'en prémunir? BFMTV.com répond à 5 questions sur le virus du chikungunya.
• Quelle transmission?
Le chikungunya est une maladie virale qui se transmet à l'humain par la piqûre de deux moustiques du genre aedes - aedes albopictus et aedes aegypti - tous deux reconnaissables à leurs rayures noires et blanches, d'où le nom commun moustique tigre.
Comme l'explique le ministère du Travail, de la santé, des solidarités et des familles, le moustique tigre est originaire d'Asie mais est apparu en métropole en 2004. Depuis, il s'est implanté dans 81 départements, "une fois installé dans une commune ou un département, il est pratiquement impossible de s'en débarrasser."
L'infection se fait lorsqu'un moustique non infecté pique une personne infectée par le virus, détaille l'Institut Pasteur. Le moustique ingère donc le virus, qui va se répliquer pour être ensuite transmis à une autre personne par une nouvelle piqûre. À la différence du moustique commun, le moustique tigre pique plutôt le jour (principalement le matin et le soir) et est silencieux, comme le rappelle l'Anses.
Seules les moustiques femelles piquent pour se reproduire. "Après la piqûre, elles recherchent des points d'eau stagnante dans leur environnement pour pondre leurs œufs", indique la préfecture d'Île-de-France. Des œufs accrochés aux parois asséchées de contenants susceptibles de se remplir d'eau, alors que les larves peuvent survivre plusieurs mois dans leurs œufs. Et une fois au contact de l'eau, les larves se développent. En une semaine, elles deviennent adultes.
La reproduction du moustique tigre est exponentielle: une femelle pond en moyenne cinq fois au cours de sa vie, tous les 12 jours, de l'ordre de 150 œufs par ponte. Soit 750 œufs par femelle, estime l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes.
• Quels symptômes?
Le délai d'incubation de la maladie est de deux à dix jours. L'infection entraîne des atteintes articulaires (poignets, doigts, chevilles, pieds, genoux et plus rarement hanches ou épaules) souvent très invalidantes, poursuit l'Institut Pasteur.
Le mot chikungunya signifie d'ailleurs en langue makondée, une langue parlée dans le Sud-est de la Tanzanie, "qui marche courbé en avant", évoquant la posture des malades du fait des douleurs articulaires.
En plus des articulations, l'infection cause des maux de tête accompagnés de fièvre, des douleurs musculaires importantes, une éruption cutanée au niveau du tronc et des membres, une conjonctivite, ou encore une inflammation d'un ou plusieurs ganglions lymphatiques cervicaux, ajoute l'institut de recherche. Certains malades ont également rapporté des saignements des gencives ou du nez.
L'Inserm explique que l'on parle de phase aiguë du chikungunya jusqu'au 21e jour après le début des symptômes, de phase post-aiguë jusqu'à 90 jours, puis chronique au-delà du troisième mois révolu. Mais les raisons de la persistance des symptômes restent inconnues.
• Quelles complications et séquelles?
"Dans certains cas, des formes neurologiques graves peuvent survenir, notamment des méningo-encéphalites et des atteintes des nerfs périphériques", détaille encore l'Institut Pasteur. Ces complications ont principalement été rencontrées chez des personnes âgées ou dont le système immunitaire était affaibli, ainsi que chez des nouveau-nés infectés in utero en même temps que leur mère.
Mais l'institut de recherche précise que la maladie est rarement mortelle. La plupart des patients qui en sont morts étaient également atteints d'autres maladies. Par ailleurs, une fois qu'une personne a contracté le virus du chikungunya et après guérison, "elle développe une immunité durable contre de futures infections", assure l'ARS de La Réunion.
"Elle ne peut donc pas contracter le virus une deuxième fois."
L'infection peut néanmoins évoluer vers une phase chronique, "marquée par des douleurs articulaires persistantes", ajoute l'Inserm. Deux études menées après les épidémies de 2005–2006 et 2013 ont montré que plus de la moitié des patients ne sont pas totalement guéris un à deux ans après le début de l'infection, avec une qualité de vie dégradée.
Cette phase chronique de la maladie s'observe en particulier chez les personnes de plus de 40 ans, celles qui ont des antécédents de maladies articulaires ou qui ont présenté une fièvre élevée pendant plus de sept jours. Le risque de chronicisation est par ailleurs plus fréquent chez les femmes.
• Quel traitement?
Aucun traitement spécifique n'existe, seuls des traitements symptomatiques (anti-douleurs et anti-inflammatoires) peuvent être proposés aux malades. Mais la rémission des symptômes est généralement assez rapide avec une disparition en quelques jours de la fièvre et des éruptions cutanées.
Un vaccin - Ixchiq - a par ailleurs été autorisé en 2024. Mais après des effets indésirables graves chez des personnes de plus de 80 ans avec comorbidités, les autorités sanitaires ont décidé au printemps dernier de réviser leurs recommandations vaccinales, limitant le vaccin aux personnes de moins de 65 ans.
Cependant, l'Agence européenne du médicament a considéré mi-juillet que le vaccin pouvait bien être administré chez des personnes de plus de 65 ans, avec cependant des précautions d'usage.
• Quelle prévention?
L'Institut Pasteur recommande de porter des vêtements longs, d'appliquer des répulsifs cutanés, mais aussi d'utiliser des insecticides. Mais le plus important pour limiter la propagation du moustique tigre, c'est d'éliminer les points d'eau stagnante où les larves se développent.
Car ces moustiques se déplacent peu par eux-mêmes et évoluent dans un périmètre de 150 mètres autour de leur lieu de naissance. "Si vous remarquez un moustique tigre chez vous, c'est qu'il est né à côté: sur un balcon de votre immeuble, dans votre jardin ou chez votre voisin", met en garde l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes.
Parmi ces réservoirs d'eau: coupelle et pot de fleur, pneu usagé, jouet d'enfant, récupérateur d'eau de pluie, mobilier de jardin, pli de bâche, brouette ou cendrier... Des objets parfois très petits suffisent: le moustique tigre n'a pas forcément besoin de beaucoup d'eau, "l'équivalent d'un bouchon peut parfois être suffisant pour que ses larves se développent".
Cette ARS rappelle ainsi la lutte contre les moustiques tigres, "c'est toute l'année". "Leurs œufs peuvent survivre et attendre tout l'hiver que les beaux jours reviennent." Elle recommande ainsi de couvrir les récupérateurs d'eau de pluie, nettoyer les équipements comme les gouttières ou les grilles d'évacuation pour faciliter le bon écoulement des eaux et vider les contenants après chaque pluie et après une absence de plusieurs jours du domicile. "Pas d'eau = pas de moustique tigre."












