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TOUT COMPRENDRE - "Graves manquements" à l'IHU: qu'est-il reproché à Didier Raoult?

BFM Anthony Audureau avec AFP
Didier Raoult lors d'une conférence de presse à l'IHU le 20 avril 2022

Didier Raoult lors d'une conférence de presse à l'IHU le 20 avril 2022 - Christophe SIMON / AFP

Didier Raoult et l'IHU de Marseille, qu'il dirige, sont mis en cause dans une enquête menée par l'Agence nationale de sécurité du médicament. Plusieurs manquements ont été signalés.

L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a révélé ce mercredi les conclusions d'une enquête menée sur l'Institut Hospitalo-universitaire (IHU) dirigé par Didier Raoult. Menées à la fin de l'année 2021, les investigations montrent des manquements dans les pratiques supervisées par le chercheur, largement critiqué par ses pairs depuis plusieurs années.

• Ce qui lui est reproché

Les critiques de l'ANSM se situent avant tout sur le protocole des recherches menées à l'IHU. Ainsi, selon un communiqué, de nombreuses infractions à la réglementation des recherches impliquant la personne humaine (RIPH) ont été relevées. Celles-ci concernent "les conditions de prélèvement et d'utilisation des échantillons des personnes incluses dans des recherches, ainsi que les modalités de recueil du consentement et d'information des participants".

"Les règles éthiques n'ont pas été systématiquement respectées, ne permettant pas d'assurer la protection des personnes à un niveau suffisant et tel que la réglementation le requiert", ajoute l'ANSM.

• Quelles poursuites?

Les manquements constatés par l'ANSM ont été jugés suffisamment importants pour que l'agence décide de saisir la procureure de la République. L'ANSM estime ainsi que l'IHU a mis en œuvre des "recherches en l'absence d'avis favorable préalable d'un comité de protection des personnes au sein de l'IHU et l'AP-HM (Assistance publique-Hôpitaux de Marseille, ndlr)" et qu'un document "falsifié concernant un avis du comité d'éthique interne de l'IHU" leur a été communiqué en amont de l'inspection. Deux faits "pénalement répréhensibles", selon le communiqué.

D'un point de vue administratif, l'ANSM a lancé une procédure pour stopper les recherches menées sans l'avis favorable d'un comité de protection des personnes. L'objectif est également de contraindre l'IHU à respecter la réglementation de RIPH via une injonction.

Les investigations ne sont pas encore terminées et pourraient donner lieu à d'autres poursuites. En effet, l'ANSM cherche des réponses sur la possible mise en œuvre d'un essai clinique "non autorisé sur le traitement de la tuberculose multi-résistante" réalisé en 2019. Pour l'instant, aucun élément prouvant cela n'a été découvert. Des analyses complémentaires sur tous les patients traités entre 2016 et 2021 vont avoir lieu.

• Que répond l'IHU?

Didier Raoult et l'IHU de Marseille ont répondu par un communiqué de presse ce mercredi. Le chercheur explique que les reproches de l'ANSM concernent une étude menée avant la création de l'IHU, et une autre sur des "écouvillons d'auto-prélèvement réalisés par des étudiants en médecine se rendant à l'étranger".

Selon lui, la classification de ces travaux dans les RIPH est "sujette à interprétation et l'analyse faite par les chercheurs de cette étude est différente de celle de l'ANSM. Ces reproches ne nous paraissent pas justifier une remise en cause du projet IHU dans son ensemble", conclut Didier Raoult.

De son côté, l'AP-HM a décidé d'appliquer à la lettre les recommandations de l'ANSM. Les recherches réalisées sans l'avis d'un comité de protection des personnes seront donc suspendues. Une mesure prise "à effet immédiat" selon un communiqué.

• Un précédent marquant

Ce n'est pas la première fois que Didier Raoult est inquiété pour les recherches menées à l'IHU ou ses prises de paroles. En effet, il a déjà été poursuivi par l'Ordre des médecins des Bouches-du-Rhône pour charlatanisme après une série de signalements lié aux avis du chercheur sur la pandémie de Covid-19. Il avait ainsi écopé d'un blâme en décembre dernier.