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Pourquoi les moustiques sont attirés par certaines peaux et pas d'autres

BFM Juliette Desmonceaux
L'Anopheles gambiae est un vecteur du paludisme.

L'Anopheles gambiae est un vecteur du paludisme. - Jean-Raphaël Guillaumin - Flickr - CC

Une nouvelle étude d'une ampleur inédite a été menée en Zambie. Elle conclue que les moustiques choisissent leur proie en fonction d'un cocktail bien particulier d'agents chimiques.

Quand certains vivent des nuits d'été difficiles, d'autres semblent épargnés. Une nouvelle étude, menée par des chercheurs de l'université de Hopkins, aux États-Unis, et publiée le 19 mai dernier dans la revue Current Biology, explique pourquoi les moustiques sont attirés par certaines peaux et en évitent d'autres. Selon les chercheurs, tout est une question d'agents chimiques émis par l'organisme.

Une vaste arène de 400 m²

Si la question n'est pas nouvelle et que les chercheurs de l'université de Hopkins, qui ont travaillé en collaboration avec la fondation zambienne de chercheurs Macha, ne sont pas les premiers à se pencher sur le sujet, les scientifiques ont ici décidé de mener une étude d'une ampleur inédite.

Pour cela, ils ont mis sur pieds la plus grande arène à ciel ouvert dédiée aux moustiques. Installée en Zambie, elle mesure 400 m².

"Nous avions vraiment envie de développer un système qui permette d'étudier le comportement des moustiques transmettant le paludisme dans son habitat naturel et qui reflète leur habitat d'origine en Afrique", explique à CNN le docteur Conor McMenimam, l'un des coauteurs de l'étude.

Les chercheurs choisissent de fait une espèce spécifique de moustique: Anopheles gambiae. Si le nom ne vous dit rien, il s'agit du principal moustique à l'origine du paludisme, cette maladie infectieuse qui a fait environ 619.000 morts en 2021 et sévit notamment sur le continent africain. L'expérience doit ainsi permettre de mieux comprendre comment prévenir la transmission de cette maladie.

6 cobayes dorment dans des tentes à proximité

Dans cette vaste tente, environ 200 moustiques de ce type sont déployés. Tous sont des femelles, puisque les mâles n'ont pas de dard et sont donc inoffensifs. À proximité de l'arène principale, six tentes sont installées et reliées à la première par un simple tuyau en aluminium, dans lequel peuvent bien sûr circuler les moustiques.

Chaque tente accueille un cobaye chargé de passer six nuits sur place. Objectif: observer, au moyen d'une caméra infrarouge, sur quels volontaires les moustiques choisissent de jeter leur dévolu. L'odeur corporelle dégagée par chaque participant est par ailleurs collectée par les chercheurs via une pompe.

Les six nuits écoulées, les scientifiques constatent qu'un participant a souffert nettement plus que les autres: les moustiques sont venus se poser près de lui jusqu'à 160 reprises, contre une dizaine pour les autres personnes.

Pourquoi? Les chercheurs ont identifié un ensemble de 40 composés chimiques émis par l'organisme permettant de l'expliquer. Plus spécifiquement, ce sont les acides carboxyliques, produits en grande quantité par ce cobaye, qui ont attiré les moustiques et lui ont fait passer des nuits difficiles.

À l'inverse, la peau du candidat le plus épargné par les insectes émettait une grande quantité d'eucalyptol, liée à son alimentation riche en végétaux.

Mieux comprendre la transmission du paludisme

La découverte n'est pas anodine. Au-delà d'éradiquer le simple désagrément causé par certains moustiques pendant les mois d'été, les chercheurs espèrent faire avancer la lutter contre le paludisme.

"Il implique de nombreuses souffrances à travers le monde et l'une des raisons de cette étude était d'essayer de comprendre vraiment comment les moustiques qui transmettent le paludisme repèrent les humains (qu'ils vont piquer)", assure le docteur Conor McMeniman.

"Cette découverte pourrait permettre de créer des appâts et des leurres qui pourraient être utilisés dans un système de pièges destinés à bousculer le comportement des moustiques et ainsi de contrôler les vecteurs du paludisme dans les régions où la maladie est endémique", espère le scientifique Edgar Simulundu, directeur de la fondation de recherches Macha.