Petits pots pour bébé rappelés: qu'est-ce que l'ochratoxine A?
Des aliments pour bébés dans un rayon de supermarché à Septèmes-les-Vallons, près de Marseille (Bouches-du-Rhône), le 3 novembre 2022 (photo d'illustration) - Christophe Simon-AFP
Quelle est cette toxine qui a provoqué un rappel massif de petits pots? Le vendredi 18 avril, des plats Nestlé pour bébé vendus depuis septembre 2024 dans la quasi-totalité des enseignes de la grande distribution et dans toute la France ont été rappelés. La cause: ils contiennent de l'ochratoxine A, une toxine dangereuse pour la santé.
Ce n'est pas la première fois que des rappels liés à cette toxine en particulier se produisent. L'année dernière, des figues bio étaient concernées. En 2023, c'était des paquets de café. Deux ans plus tôt, du riz basmati était suspecté d'en contenir une quantité importante.
Des céréales, des fruits secs, du café, du vin
L'ochratoxine A, également appelée OTA, est une mycotoxine. "Les mycotoxines sont des composés toxiques produits naturellement par certains types de moisissures", explique l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce qui signifie qu'elles sont produites par des champignons microscopiques.
"L'ochratoxine A est produite par plusieurs espèces d'Aspergillus et de Penicillium (des champignons, NDLR) et la contamination par cette mycotoxine est courante dans les aliments", poursuit l'OMS. Il arrive ainsi que cette toxine se retrouve dans des céréales, des viandes en conserve, des fruits frais et secs, des épices, du café, du vin ou des fromages.
Une toxine qui peut apparaître à différentes étapes de la production du produit, de la récolte au conditionnement. "Le développement des moisissures peut se produire avant ou après la récolte, pendant la conservation, sur ou dans l'aliment lui-même souvent dans un environnement chaud, moite et humide", précise l'agence de l'ONU.
Génotoxique et cancérigène
Une mycotoxine qui est connue pour sa potentielle dangerosité sur la santé humaine. "De nouvelles données (...) suggèrent que l'OTA peut être génotoxique en endommageant directement l'ADN", met en garde l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Ses experts ont également confirmé qu'elle pouvait être cancérigène pour le rein.
Chez l'animal, des études ont par ailleurs été menées sur la souris, le rat, le lapin et le porc et ont montré "des effets indésirables" de l'OTA, pointe encore l'Efsa.
Parmi les "divers signes généraux de toxicité" observés chez ces espèces: des lésions histopathologiques (c'est-à-dire sur les tissus), des tumeurs rénales, une immunotoxicité (soit tout effet indésirable pour le système immunitaire), une neurotoxicité ou encore des effets sur le développement.
Des mécanismes "pas clairs"
L'Autorité européenne de sécurité des aliments précise que des zones d'ombre demeurent sur cette mycotoxine. "Les mécanismes de génotoxicité ne sont pas clairs", alerte-t-elle, appelant à de nouvelles études. Car ses "modes d'action génotoxiques et non génotoxiques directs et indirects pourraient chacun contribuer à la formation de tumeurs".
Ce que confirme Jean-Pierre Gangneux, chef du service de parasitologie-mycologie du CHU de Rennes.
"On ne sait pas ce qui déclenche la synthèse de mycotoxines par certaines moisissures", indique-t-il à BFMTV.com.
D'autant que, s'il y a bien des normes quant à la présence d'ochratoxine A dans l'alimentation, il n'y a pas de seuil à partir duquel une exposition est jugée dangereuse. "Il n'y a pas de valeur à partir de laquelle on peut prédire qu'elle sera à l'origine d'un cancer", ajoute Jean-Pierre Gangneux.
Pas de message alarmiste
Mais selon lui, la nocivité de cette mycotoxine tient avant tout à "l'effet cumulatif" d'une exposition "au long cours". Également chercheur Inserm à l'Institut de recherche en santé, environnement et travail, Jean-Pierre Gangneux invite à ne pas envoyer de "message alarmiste".
"Le problème se pose davantage dans le cadre d'une exposition massive et prolongée via une alimentation non contrôlée, ce qui n'est pas le cas en Europe."
Le chercheur appelle par ailleurs à "ne pas craindre" les champignons. "Que ce soit dans l'air que nous respirons, lors d'une balade en forêt ou dans le foin que l'on donne aux chevaux, il y en a partout."
S'il reconnaît que, "dans certaines conditions et avec certaines moisissures", il y a bien un risque pour la santé, Jean-Pierre Gangneux rappelle qu'il existe des stratégies préventives, comme l'aération des stocks ou l'usage de fongicides. "Et toutes les moisissures ne donnent pas d'ochratoxine A, à l'exemple du Roquefort."











