"Ça peut arriver à n’importe quel parent": qu’est-que le "syndrome du bébé oublié"?

Ce sont des drames qui peuvent se produire dans toutes les familles. Un enfant de deux ans a été retrouvé mort, ce jeudi 26 juin, dans une voiture stationnée sur la base aérienne d'Istres (Bouches-du-Rhône), où il avait été oublié par son père, a-t-on appris auprès du parquet d'Aix-en-Provence.
Le père s'est garé le matin sur le parking de son lieu de travail et en milieu d'après-midi, son épouse l'a appelé et lui a signalé que leur enfant n'était pas à la crèche, selon le parquet.
"Réalisant alors qu'il l'avait oublié, il se précipitait vers son véhicule et trouvait son fils inanimé", a déclaré le procureur d'Aix-en-Provence, Jean-Luc Blachon.
Malgré des tentatives pour le réanimer, l'enfant est décédé. Les secours n'ont pu "que constater que l'enfant présentait les stigmates d'une déshydratation qui, selon les premières conclusions de l'autopsie est l'origine du décès", a ajouté le procureur.
Le père a été placé en garde à vue pour homicide involontaire. Ce type d'accident, sur lequel il n'existe pas de chiffres officiels, se produit plusieurs fois par an: vendredi dernier, c'est un enfant d'un peu plus d'un an qui a été hospitalisé dans un état grave après avoir été laissé dans une voiture stationnée au soleil à Ussel (Corrèze).
Les bébés particulièrement vulnérables
Laisser un jeune enfant seul dans une voiture peut très vite devenir dangereux: selon le ministère de l'Intérieur, "les températures à l'intérieur d'un véhicule peuvent grimper excessivement vite". "Alors même qu'une température extérieure peut être jugée tempérée, de l'ordre de 15 à 20°C, elle peut monter jusqu'à 45°C en moins d'une demi-heure dans une voiture", avertit le ministère sur son site. Et d'ajouter qu'"avec une température extérieure de 26°C, dix minutes suffisent pour provoquer la mort d'un jeune enfant dans une voiture".
Ces conséquences dramatiques s'expliquent par la grande vulnérabilité des nourrissons aux coups de chaleur. Comme l'explique le site du ministère de la Santé, "le corps du nourrisson est riche en eau; sa fragilité est donc maximale" lorsqu'il est déshydraté, ce qui peut le tuer.
Le "syndrome du bébé oublié"
En 2009, la Commission de la Sécurité des Consommateurs, une autorité administrative indépendante française depuis supprimée, avait publié un avis sur "le syndrome du bébé oublié", expression venant selon elle des Etats-Unis. Il est "caractérisé par le scénario quasiment toujours identique du parent qui, en se rendant à son travail, oublie de déposer son enfant chez sa nourrice ou à la crèche".
Mais comment peut-on expliquer que chaque année, des parents occultent totalement la présence de leur enfant dans leur voiture en la quittant? Ce "syndrome du bébé oublié" a été examiné par David Diamond, professeur de psychologie de l'université de Floride du Sud, dans une étude publiée en 2019. Selon lui, lorsqu'une personne "passe en mode 'pilote automatique', des comportements habituels, comme se préparer pour le travail et se rendre directement au bureau un jour normal, peuvent amener un parent à perdre conscience de l'enfant dans la voiture", expliquait un communiqué de l'université.
Un phénomène favorisé par le stress et la fatigue
"Ce type d’oubli ne relève pas d’une négligence volontaire, mais le plus souvent d’un dysfonctionnement de la mémoire prospective, c’est-à-dire la mémoire qui permet de se souvenir d’une action à faire dans le futur, dans un contexte de surcharge mentale, de fatigue importante, de stress chronique, ou encore d’un changement inhabituel de routine", développe auprès de BFMTV.com Mathilde Montoro, psychologue clinicienne spécialiste de la parentalité.
"Le cerveau peut alors basculer en 'mode automatique', suivant une habitude quotidienne (comme aller directement au travail) sans plus intégrer la présence de l’enfant dans le véhicule", ajoute-t-elle.
"L'absence de rappels visuels ou verbaux, comme un enfant endormi ou un sac à langer", augmente le risque de "perdre conscience de l'enfant à l'arrière d'une voiture", ajoute le communiqué de l'université de Floride du Sud. Mais Mathilde Montoro insiste: "ce 'bug' neurologique peut arriver à n’importe quel parent, quel que soit son niveau de compétence ou d’implication affective, ou son niveau socio-économique."
La psychologue clinicienne précise toutefois que certains facteurs le favorisent, comme le fait de présenter des troubles dissociatifs, des états dépressifs majeurs ou des "épisodes de burn-out parental avancé".
Pour aider les parents, David Diamond plaide pour la mise en place de "systèmes intégrés pour détecter un enfant oublié en voiture". Certains dispositifs existent déjà, comme l'application d'aide à la navigation Waze qui propose d'activer une option "rappel enfant". Plus largement, Mathilde Montoro plaide pour la "prise en compte de la santé mentale des parents", afin de "mieux les soutenir dans leur quotidien souvent surchargé".











