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Arsenic, plomb, édulcorants... Une étude alerte sur les "pouches", ces sachets de nicotine aromatisés

BFM Salomé Robles
Des sachets de nicotine à New York, aux Etats-Unis, le 29 janvier 2024

Des sachets de nicotine à New York, aux Etats-Unis, le 29 janvier 2024 - Michael M. Santiago / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Ces "pouches" sans tabac sont commercialisés avec différents arômes et dans des boîtes colorés, les rendant appétant notamment pour les enfants. Selon les spécialistes, ils présentent un danger particulier pour les jeunes.

Une nouvelle alerte. L'INC et 60 Millions de consommateurs, en partenariat avec le Comité national contre le tabagisme (CNCT), appellent à interdire les sachets de nicotine, appelés "pouches" en France. Dans une étude publiée ce mardi 10 décembre, les organismes "s'interrogent sur la présence d'un tel produit sur le marché, "s'agissant d'un produit qui n'est pas un produit de sevrage à l’efficacité reconnue".

"Il présente un risque d'intoxication, mais aussi d'addiction pour les plus jeunes avec un taux de nicotine non maîtrisé et parfois très élevé, sans compter la présence de contaminants possibles", indique 60 Millions de consommateurs.

Aucune quantité limite réglementaire de nicotine

Dans cette étude, les scientifiques ont analysé sept types de pouches, "choisis avec des arômes variables (citron épicé, fruits rouges, Bellini...)". Les pouches sont des sachets de nicotine sans tabac. Ils renferment, dans un tissu perméable, des fibres de polymères imprégnées de nicotine et d'arômes. Ces sachets, qui se glissent entre la lèvre et la gencive, diffusent de la nicotine pendant plusieurs dizaines de minutes.

"Ces sachets sont commercialisés en dehors de tout cadre juridique clair", affirme l'étude publiée ce mardi, qui indique que les sachets "n'ont aucune quantité limite réglementaire alors que la nicotine est addictive et classée comme substance vénéneuse".

L'analyse, effectivement, montre que les taux de nicotine présents dans les produits sont systématiquement inférieurs aux taux affichés, mais dans des proportions variables. Par exemple, les pouches menthe glaciale D'lice contiennent 4 grammes au lieu de 12 par sachet.

"Un consommateur trouvera une quantité différente de nicotine pour un même taux affiché s'il change de produit, ce qui peut être problématique dans une démarche de sevrage", déplore 60 Millions de consommateurs.

Des métaux lourds dans la composition

En analysant ses sept types de sachets de nicotine, les scientifiques ont trouvé de l'arsenic dans chacun d'entre eux. "Les valeurs retrouvées étaient assez importantes pour les sachets D’lice (plus de 0,20 µg/sachet) et Zyn (0,59 µg)".

L'étude explique qu'il faudrait davantage d'analyses pour en savoir plus sur ce risque de contamination mais estime toutefois que "cela reste une contamination évitable".

En outre, certains pouches contiennent du plomb, de l'antimoine, du molybdène ou du chrome. "Ces métaux sont naturellement présents dans notre environnement. Leur présence, assez spécifique aux marques, est le probable signe d'une contamination des matières premières utilisées", explique 60 Millions de consommateurs.

"Ces produits sont comme des bonbons"

Outre les métaux lourds, on trouve également des édulcorants. Ceux-ci n'étant pas alimentaires, l'étiquetage ne précise pas nécessairement le type utilisé. "C’est le cas du Zyn. Le Nois, à en croire l’étiquette, n’en contient pas. Les produits D’lice renferment de l’acésulfame K et les produits Velo du xylitol avec, dans deux cas (citron épicé et fruits rouges), du sucralose", explique cette étude.

L'INC/60 Millions de consommateurs et le CNCT affirment qu'"au vu des teneurs et de leur pouvoir sucrant, ces produits sont comme des bonbons. Et même s'il est indiqué sur la boîte qu'ils sont interdits aux moins de 18 ans, les arômes et édulcorants les rendent appétant, y compris pour des enfants".

En octobre, la ministre de la Santé Geneviève Darrieussecq avait, elle aussi, souligné que le marketing des pouches "est directement ciblé vers les jeunes".

En outre, l'étude publiée ce mardi indique que les boîtes contenant ces sachets de nicotine "ne sont pas sécurisées", entraînant donc un risque d'intoxication après ingestion accidentelle ou consommation par des enfants et adolescents.

Vers une interdiction?

Les scientifiques plaident pour interdire ces sachets de nicotine en France. "Ce serait le moyen de protéger les jeunes consommateurs et les non-fumeurs, en laissant d’autres moyens de sevrage aux fumeurs, tout cela avant la constitution d’une filière trop importante qui serait plus difficile à démanteler", écrit 60 Millions de consommateurs. Les vendeurs de pouches les présentent comme une alternative plus saine à la cigarette puisqu'ils ne comportent pas de tabac et n'entraînent pas de combustion.

Le 29 octobre dernier, la ministre Geneviève Darrieussecq, désormais démissionnaire, avait annoncé qu'un texte d'interdiction serait bientôt publié.

En novembre 2023, l'Anses avait alerté sur les risques sanitaires des pouches, qui peuvent entraîner une "intoxication aigüe" à la nicotine. Selon le site de l'Assurance maladie, un surdosage en nicotine se manifeste par des maux de tête, des nausées, des vomissements, une vision trouble, des douleurs abdominales, une diarrhée, des sueurs froides, des tremblements et parfois une faiblesse générale. "À doses élevées", des convulsions peuvent survenir, ajoute l'Assurance maladie.

La ministre de la Santé a aussi alerté sur la possibilité "d’induire une dépendance à la nicotine et ensuite une entrée dans le tabagisme" via la consommation de pouches.

De plus, une observation déjà effectuée par le CNCT en mai. Cette association a relevé 239 publicités pour les sachets de nicotine sur Instagram en 2023, tandis "qu'aucune vérification rigoureuse de l’âge n’est effectuée sur les sites" qui les vendent.