BFM

Manger son placenta après l'accouchement présenterait un risque pour les mères

Des pilules à base de placenta séché et réduit en poudre.

Des pilules à base de placenta séché et réduit en poudre. - Brendan Smialowski - AFP

Des stars ont assuré que cette pratique leur avait permis de retrouver plus rapidement la forme et de s'éviter certains désagréments après avoir accouché. Mais une série d'études montre que cette croyance ne s'appuie sur aucune vérité scientifique. Pire, elle ferait courir un risque aux mères qui s'y plieraient.

Kourtney Kardashian sur son blog et avec elles d'autres stars ont assuré que le fait d'avoir ingéré leur propre placenta après avoir accouché leur avait été très bénéfique. Cette légende urbaine véhicule l'idée que cette pratique protégerait contre la dépression post-partum, les douleurs et apporterait un regain d'énergie, favoriserait l'élasticité de la peau et l'allaitement et aiderait à régénérer le fer par l'organisme pendant la grossesse... A ce détail près que rien de tout cela n'est scientifiquement prouvé.

En compilant les résultats d'une dizaine de publications scientifiques, une étude publiée dans la revue Archives of Women's Health conclut qu'il n'existe aucune preuve, pour l'espèce humaine comme pour les animaux, d'un quelconque avantage à manger son placenta, cru, cuit ou encapsulé, comme le proposent certaines entreprises outre-Atlantique. Et ce, même s'il est vrai qu'une majorité des mammifères dévorent cet organe après la naissance de leur petit.

Une pratique potentiellement risquée

"Il y a beaucoup de témoignages subjectifs de femmes percevant des bénéfices, mais il n'y a jusqu'à maintenant aucune recherche systématique pour évaluer réellement les bénéfices ou les risques de l'ingestion de son placenta. Les études menées sur les souris ne sont pas transposables aux cas humains", tranche dans un communiqué Crystal Clark, psychiatre à l'Asher Center for the Study and Treatment of Depressive Disorders, l'une des coauteures de l'étude.

Pire, ingérer son placenta pourrait présenter des risques. Car en plus de procurer les nutriments et l'oxygène au fœtus, de produire les hormones nécessaires à sa croissance, cet organe est aussi une ligne de défense contre les infections extérieures. Il filtre et retient des substances nocives. Des bactéries et des métaux lourds, mercure et plomb, ont été retrouvés dans des tissus placentaires analysés après le terme de la grossesse.

Cynthia Coyle psychologue clinicienne à l'Université Northwestern Feinberg School of Medicine de Chicago, auteure principale de l'étude, conclut "que les femmes ne savent pas vraiment ce qu'elles ingèrent". Elle déplore aussi qu'il n'y ait "pas de réglementation sur la façon dont le placenta est stocké et préparé".

Une pratique interdite en France

En France, en mars 2015 à l'hôpital sud de Rennes, une femme avait tenté avec le père de l'enfant de voler son propre placenta présenté aux parents par l'équipe médicale à des fins purement pédagogiques. Consommer son placenta est strictement interdit dans notre pays et peut être sanctionné par deux ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende. Cet organe qui n'est nullement la propriété de la mère de l'enfant est détruit ou utilisé pour la recherche scientifique après un accord écrit.

Les chercheuses américaines espèrent que l'étude va favoriser un meilleur dialogue entre les futurs parents et de leurs médecins, afin qu'ils puissent distinguer les faits scientifiques, de la fiction et planifier leur grossesse en conséquence.