Les grands-parents peuvent-ils s’occuper de leurs petits-enfants sans risque dès le 11 mai?

Une cour d'école fermée au Crès, près de Montpellier, le 12 mars 2020 (photo d'illustration) - Pascal Guyot-AFP
Christel résiste depuis maintenant sept semaines: cette retraitée habite à moins d’un kilomètre de ses petits-enfants, mais ses contacts avec eux se sont réduits à des gestes de la main et des baisers envoyés depuis son balcon, ou à travers une vitre de fenêtre. "Soit mon fils passe en bas de mon immeuble avec ses deux garçons, soit je passe en bas de chez eux, en coup de vent à chaque fois", témoigne la grand-mère.
Elle ne sait pas encore si la levée progressive du confinement à partir de lundi prochain y changera quelque chose, car sa belle-fille a maintenu une activité professionnelle extérieure qui fait systématiquement repartir la période de quatorze jours à zéro.
"Le risque majeur est évidemment celui d’une transmission de l’enfant à ses grands parents. L’évaluation de ce risque dépend de ce qu’ont fait les enfants dans les trois semaines précédentes. Ceux qui ont respecté un confinement strict depuis le 17 mars ne sont d’aucun danger pour leurs aînés, mais c’est une discussion personnalisée à avoir", estime le professeure Anne-Claude Crémieux, professeur de maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Louis (AP-HP) à Paris.
"Un enfant peut transmettre"
"Ce qui me rassure, c’est que les gens sont bien informés du risque. Ils sont conscients que les plus de 65 ans ont des risques bien supérieurs aux plus jeunes", ajoute l’infectiologue membre de l’Académie de médecine.
Si, au départ, les spécialistes estimaient que les enfants étaient davantage vecteurs de l’épidémie en se fondant sur une analogie avec le virus de la grippe, les données scientifiques ont évolué depuis.
"Il faut partir du principe qu’un enfant peut transmettre. C’est tranché pour les adolescents. Cela a été démontré avec l’étude menée au lycée de Crépy en valois, dans l’Oise", détaille Anne-Claude Crémieux. Selon cette enquête sérologique menée par l’Institut Pasteur, lorsqu’un lycéen est infecté, ses parents ont 17% de risque de contracter le Covid-19.
Chez les plus jeunes, les spécialistes manquent encore de réponses. La capacité à transmettre le virus par les enfants de moins de 10 ans vers le foyer familial reste floue: le virus circule t-il chez les plus petits, y compris de manière inapparente, sans symptômes, et peut-il être transmis? Ou au contraire, les enfants sont-ils moins réceptifs à l’infection que les enfants plus âgés et les adultes?
"Il y a deux travaux contradictoires: d’après une étude islandaise, les plus petits seraient moins réceptifs à l’infection. Mais une autre étude, cette fois chinoise, publiée le 27 avril, dans The Lancet, estime que les enfants de moins de 10 ans s’infectent autant dans les foyer familial que les adultes", précise la spécialiste des maladies infectieuses.
Les enfants de 5 à 12 ans étudiés
Plusieurs études ont été lancées. Anne-Claude Crémieux les attend impatiemment: "Nous aurions aimé les avoir avant la réouverture des écoles. Quand on aura testé 300 enfants avec sérologie et PCR dans chaque classe d’âge, on pourra savoir. Et on va savoir !".
Après s’être intéressé à la circulation du virus dans le lycée de Crépy-en-Valois, dans l’Oise, l’Institut Pasteur se penche désormais sur les écoliers âgés de 5 à 12 ans et leur entourage. La semaine dernière, une équipe de chercheurs a rencontré et testé des enfants des six écoles élémentaires de la ville, ainsi que leurs parents. Une autre étude, lancée le 14 avril par la Société française de pédiatrie en région parisienne, devrait elle aussi apporter un éclairage bienvenu.











