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Le placenta peut rester marqué par le tabac, même si la mère a arrêté de fumer avant la grossesse

BFM Salomé Vincendon , Journaliste BFMTV
Une jeune femme allume une cigarette, illustration.

Une jeune femme allume une cigarette, illustration. - ramos alejandro - Flickr - CC

Les chercheurs ont étudié le placenta de 568 femmes, dont une partie avait arrêté de fumer dans les trois mois avant leur grossesse, et le passage du tabac a laissé des traces.

Des travaux de scientifiques français montrent "pour la première fois que la consommation de tabac, même lorsqu’elle est stoppée avant la grossesse, peut avoir des conséquences sur le placenta", selon une étude publiée ce mercredi, dans la revue médicale britannique BMC Medecine. Elle a été réalisée par une équipe de l’Inserm, du CNRS et de l’Université Grenoble Alpes, au sein de l’Institut pour l’avancée des biosciences.

Les chercheurs ont analysés l'ADN placentaire de 568 femmes. Lorsque la mère avait fumé dans les trois mois précédant sa grossesse, sans continuer pendant, l'étude note "des modifications épigénétiques (méthylation de l’ADN) pouvant avoir des conséquences" sur le déroulement de la grossesse.

"Bien qu’il ait été montré que la consommation de tabac pendant la grossesse a de nombreuses conséquences néfastes sur la santé de la mère et de l’enfant, les mécanismes en jeu sont encore mal connus", explique l'étude, qui éspère avec ses résultats faire progresser les connaissances dans ce domaine. "L’impact de l’exposition au tabac avant la grossesse sur la méthylation de l’ADN placentaire n’avait jusqu’à présent jamais été étudié".

Des modifications épigénétiques

Une modification épigénétique est la modification du fonctionnement d'une cellule, qui agit en fonction de son environnement. Nos comportements alimentaires, mais aussi le tabagisme ou le stress, peuvent par exemple entraîner des changements épigénétiques chez une cellule.

"De précédentes études ont associé la consommation de tabac durant la grossesse à des altérations de la méthylation de l’ADN", expliquent les chercheurs, ce "dans le sang du cordon ombilical et dans les cellules du placenta". Or "ce dernier joue un rôle crucial dans le développement du fœtus, tout en restant vulnérable à de nombreux composés chimiques".

Dans cette étude, les femmes ont été réparties en trois catégories: les non-fumeuses (n'ayant pas fumé dans les trois mois précédant la grossesse), les anciennes fumeuses (arrêt de la consomation de tabac dans les trois mois avant la grossesse) et les fumeuses (ont fumé dans les trois mois avant et pendant la grossesse).

Des gènes "importants dans le développement du fœtus"

"Chez les fumeuses, 178 régions du génome placentaire présentaient des altérations de la méthylation de l’ADN", expliquent les chercheurs. "Chez les anciennes fumeuses, les chercheurs ont identifié 26 de ces 178 régions dont la méthylation de l’ADN était encore altérée. La méthylation des 152 autres régions n’était altérée que chez les femmes ayant fumé pendant leur grossesse".

Les régions qui sont altérées par la consommation présente ou passée de tabac sont "le plus souvent les zones dites enhancers", explique l'étude, qui contrôlent à distance l’activation ou l'inactivation de gènes. Or, "une partie d’entre elles étaient situées sur des gènes connus pour avoir un rôle important dans le développement du fœtus".

Cette découverte "suggère l’existence d’une mémoire épigénétique de l’exposition au tabac", explique la chercheuse Inserm Johanna Lepeule qui a dirigé ces travaux. Cela pourrait expliquer, en partie, les effets du tabagisme sur le développement d'un foetus, voire de la santé ultérieure de l'enfant. C'est ce que les prochaines recherches sur ce sujet devront déterminer.

Pour rappel, le tabagisme maternel pendant la grossesse augmente le risque de survenue "d'accidents gravidiques comme les hématomes rétroplacentaires et les placentas bas insérés, de retard de croissance intra-utérin, de prématurité, de mort subite du nourrisson et d'une consommation globale de soins plus importante dans la petite enfance", explique la Haute Autorité de la Santé.