IST: mieux cibler les jeunes avec de nouvelles mesures

La prévention des infections sexuellement transmissibles passe principalement par l’adoption du préservatif pour éviter la transmission des germes. - iStock - djedzura
Si de nombreux tabous persistent autour de la sexualité des jeunes, c’est pourtant à cet âge qu’il est important d’avoir conscience des risques, notamment celui des infections sexuellement transmissibles (IST) pour s’en protéger et avoir une vie sexuelle sereine. Sous cette appellation, on retrouve les chlamydiae, le gonocoque, la syphilis, l’herpès génital, l’hépatite B, mais également le VIH/sida.
Ces virus, bactéries, champignons, parasites qui se transmettent lors de relations sexuelles non ou mal protégées se soignent pour la plupart facilement. Mais non traitées, les IST peuvent néanmoins entraîner de graves complications. En effet, si le sentiment d’information des adolescents concernant le VIH/sida et la contraception est très élevé, concernant les IST et les vaccinations, le déficit d’information semble être beaucoup plus répandu.
Ainsi, les ministères de la Santé et de l'Education avaient mandaté le Conseil national du sida et des hépatites virales (CNS) pour que celui-ci émette de nouvelles recommandations en ce qui concerne la prévention et la prise en charge de cette population à risque. Dans son document remis début février, le CNS confirme l'importance de "faire de la lutte contre les IST chez les jeunes une priorité des politiques publiques de promotion de la santé".
Plus de prévention et d'actions dans les collèges et lycées
"La hausse des IST chez les jeunes s'explique notamment par une diminution de l'utilisation du préservatif, pas lors de la première relation sexuelle mais au cours des années qui suivent, et une augmentation des comportements à risque comme un rapport sexuel sous produits psychoactifs", explique à Santé Magazine le Pr Patrick Yeni, président du Conseil national du sida et chef de service de maladies infectieuses à hôpital Bichat (Paris).
L'institution a émis pas moins de 34 recommandations, au niveau national, régional (agences régionales de santé), des rectorats, à l'école, à l'université ou encore à destination des différents opérateurs de santé publique. Ces premières recommandations concernent l'éducation nationale, "afin de renforcer les interactions entre éducation et santé dans le champ de la lutte contre les IST chez les jeunes".
Ainsi les experts préconisent de respecter le format des interventions d’éducation à la sexualité inscrit dans la loi, d’au moins trois séances de deux heures par an, quitte à ce que celles-ci soient réalisées par des intervenants extérieurs. En ce qui concerne les préservatifs, dont la promotion reste essentielle pour la prévention des IST, il faut assurer leur mise à disposition dans les lycées et conduire une réflexion concernant le principe de leur mise à disposition dans les collèges.
"Le rôle de l'école diminue"
Pour la partie dépistage des IST, et notamment du VIH, du virus de l'hépatite B (VHB) et du virus de l'hépatite C (VHC), le CNS évoque l'idée de permettre aux infirmières scolaires de proposer et réaliser des tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) au cas par cas.
"Le rôle de l'école en ce qui concerne la prévention sexuelle des jeunes diminue, alors que c'est la façon la plus démocratique de les informer. Elle devrait même s'inscrire dans un rôle plus large et parler d'une vision positive de la sexualité", souligne le Pr Patrick Yeni, qui recommande que l’offre vaccinale contre le papillomavirus humain (HPV) soit renforcée même chez les garçons. "En Angleterre le vaccin est proposé à l'école, alors qu'en France, la couverture est de moins de 20%."
Renforcer la mission des médecins généralistes
En dehors de l'école, le rôle du médecin généraliste dans ce domaine doit être mieux valorisé, puisque c'est très souvent grâce lui que des dépistages sont réalisés. Il faudrait pour cela promouvoir la formation initiale et l’actualisation des connaissances des médecins généralistes sur la sexualité et la santé sexuelle des jeunes et "définir des indicateurs permettant d'adapter la prévention des IST et les vaccinations de l'adolescent (HPV, rattrapage VHB) aux rémunérations sur objectifs de santé publique", estime le CNS.
Si ces derniers le souhaitent, ils pourraient également se voir financer l'accès aux tests rapides d'orientation diagnostique pour le dépistage des hépatites et du VIH. Concernant les jeunes en eux-mêmes, le CNS recommande de sensibiliser davantage les structures accueillant les jeunes en difficulté sociale, psychologique, ou économique à la santé sexuelle et aux IST.
"Il faut que les campagnes touchent les personnes les plus exposées comme les HSH* et les jeunes fragilisés sur le plan social. Il est connu que le contexte socio-économique favorise les prises de risque", indique le Pr Yéni. Enfin ces derniers devraient pouvoir bénéficier de plus d'offres "dématérialisées" pour des dépistages hors des circuits habituels: le dépistage des IST par auto-prélèvement, sur le modèle de l’expérimentation "chlamyweb" qui a bénéficié d'un retour positif par Santé publique France.
*Hommes ayant des relations Sexuelles avec des Hommes











