Inde: les médecins confrontés à une hausse de cas de "champignon noir" sur des patients Covid

Des patients atteints du Covid-19 dans une unité de soins intensifs d'un hôpital à Moradabad, le 5 mai 2021 en Inde - Prakash SINGH © 2019 AFP
Une maladie très rare, mais qui semble désormais toucher plus de monde. En Inde où la population est confrontée à une violente deuxième vague de l'épidémie de Covid-19, plusieurs médecins alertent sur une hausse des cas de mucormycose.
Une infection par un "champignon noir" potentiellement mortelle qu'ont développé plusieurs patients guéris du Covid-19, selon des témoignages de soignants rapportés par la BBC. Ce champignon vient se propager et attaquer les tissus humains, qui subissent de lourds dégâts et deviennent alors noirs.
Les personnes diabétiques, premières concernées
Ainsi, le Dr Akshay Nair, chirurgien ophtalmologiste au Sion Hospital de Bombay, raconte au média britannique avoir pris en charge 40 patients souffrant de cette infection fongique lors du mois d'avril. C'est quatre fois plus que le nombre de cas auquel a été confronté le médecin en l'espace de deux ans.
Un constat partagé à Bengalore où pratique le Dr Raghuraj Hedge, un autre chirurgien ophtalmologiste, qui a vu passer 19 cas de mucormycose en l'espace de deux semaines seulement, le plus souvent chez de jeunes patients. L'infection surviendrait, chez les personnes touchées par le Covid-19, la plupart du temps moins de trois semaines après leur contamination. De plus, cette maladie touche principalement des personnes atteintes de diabète.
"Le diabète diminue les défenses immunitaires du corps humain, le coronavirus les exacerbe et les stéroïdes qui aident à combattre le Covid-19 agissent comme un carburant", pour l'infection fongique, explique le Dr Akshay Nair.
Une maladie qui touche particulièrement l'Inde
Reste que cette maladie du "champignon noir" existait bien avant l'épidémie de Covid-19 et qu'aucun lien n'a pour l'heure été établi entre cette hausse de cas de mucormycose et le variant indien.
En outre, cet important nombre de malades n'a rien d'un hasard, puisque près de trois quarts des cas rapportés (71%) proviennent d'Inde, comme le rapporte une étude parue dans la revue spécialisée Journal of Fungi.
Le pays, qui détient également le taux d'incidence le plus élevé pour cette maladie avec 140 cas pour un million d'habitants, présente aussi des conditions climatiques "plus propices" au développement des Mucorales (les champignons à l'origine de l'infection, NDLR) comme l'explique au Figaro le Pr Fanny Lanternier, médecin spécialisée dans les infections fongiques à l'hôpital Necker à Paris.
Une opération chirurgicale requise pour retirer l'infection
Si des médicaments existent pour traiter la maladie, un passage au bloc opératoire est bien souvent nécessaire pour empêcher que l'infection ne touche le cerveau. Il faut alors retirer le champignon, qui peut aussi bien toucher le poumon que le sinus, ou même les yeux. Amputer un œil est donc parfois la seule solution pour éviter que la maladie devienne fatale.
Les autorités indiennes ont néanmoins voulu rassurer la population, en affirmant qu'il n'y avait pas d'épidémie forte de mucormycose, sans toutefois communiquer de données sanitaires à ce sujet. Les médecins appellent pour leur part à faire preuve de vigilance quant à la quantité de stéroïdes délivrée aux patients diabétiques touchés par le Covid-19.











