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ENQUÊTE LIGNE ROUGE - Anti-masques, les nouveaux activistes

BFM Jules Pecnard , Journaliste BFMTV
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Dans une enquête Ligne rouge diffusée ce mardi, BFMTV s'intéresse à ceux, minoritaires mais très actifs sur les réseaux sociaux, qui s'opposent vivement à la généralisation du port du masque.

Comme souvent, le mouvement est parti des États-Unis. Une frange de la population y a battu le pavé pour s'opposer au port du masque, pourtant censé permettre de limiter la propagation de la Covid-19. Certains Américains y voient une atteinte à leur liberté. Le mouvement anti-masques a ensuite essaimé, suscitant une fronde remarquée en Allemagne.

En France, il prend de l'ampleur. Dans notre long format Ligne rouge consacré à ce sujet ce mardi soir, nous dressons le portrait de certains de ces nouveaux activistes, de moins en moins relégués à la sphère groupusculaire.

"C'est une patte de lapin"

Leurs idées prospèrent principalement à travers les réseaux sociaux, notamment les groupes Facebook. À l'instar de celui créé par Alain Tortosa, qui s'oppose fermement à l'obligation de porter le masque dans les lieux publics - même si cela lui interdit de se rendre dans de nombreux endroits. Pour lui, la décision du gouvernement est "totalement anti-démocratique".

"Un masque, c'est un dispositif médical, d'accord? J'ai le droit de décider ce qui est bon pour ma santé ou pas", estime-t-il auprès de BFMTV. "Il n'existe aucune étude qui a prouvé la moindre efficacité du port du masque dans une population générale, donc je pense que c'est une patte de lapin pour se protéger d'éventuelles poursuites juridiques."

Bien qu'il passe l'essentiel de son temps libre à diffuser ses idées, Alain Tortosa le perçoit comme une mission. Il en va de même pour Eve Engerer, médecin généraliste dans le Bas-Rhin qui se voit comme une "résistante". Elle s'est fait connaître cet été pour avoir publié, sur sa page Facebook, un faux certificat médical reproductible, censé dispenser du port du masque. Depuis, elle organise des sessions avec des dizaines de patients dans son cabinet.

"Le masque, c'est juste pour embrouiller les Français! Pour leur faire peur, pour les pénaliser (...) avec les amendes", insiste-t-elle devant la caméra de BFMTV. "C'est un rituel de soumission des francs-maçons. (...) C'est un rituel des pédo-sataniques."

Messages brouillés du gouvernement

Cette rhétorique complotiste, Eve Engerer la développe avec aplomb. "J'ai une vision globale des choses, je ne suis pas le petit ver de terre, je suis l'aigle. Ça vous va?"

Jean-Marie Letzelter, président du Conseil de l'ordre des médecins du Bas-Rhin, dit avoir reçu "des lettres de pharmaciens, de médecins du secteur, de la directrice du Samu de Strasbourg, qui nous a indiqué qu'il y avait un problème avec ce médecin, notamment parce qu'elle faisait des ordonnances qui étaient tout à fait anormales".

"Je ne pense même pas qu'elle soit malhonnête, je pense qu'elle est intimement convaincue de ce qu'elle dit", affirme-t-il.

Alors que l'Ordre a entamé des démarches pour la suspendre, notamment pour charlatanisme et certificat de complaisance, et qu'un procureur a été saisi de l'affaire, Eve Engerer continue d'exercer et de diffuser ses idées. Selon Anne-Claude Crémieux, infectiologue à l'hôpital Saint-Louis de Paris, ce scepticisme croissant vis-à-vis des masques est dû à la pénurie au début de l'épidémie et aux recommandations contradictoires du gouvernement.

"Il aurait mieux valu, effectivement, reconnaître (...) que finalement, la pénurie avait été à l'origine des recommandations limitées du port du masque", juge-t-elle.

D'après un sondage Odoxa publié le 30 août par Le Figaro et France Info, 76% des Français se disent favorables à la généralisation du port du masque en extérieur.

Fausses cartes d'exemption

Certains vont beaucoup plus loin dans leur volonté de fédérer les opposants au port du masque. À Los Angeles, aux États-Unis, Lenka Koloma a fait l'actualité pendant le mois d'août en créant une fausse agence censée défendre la "liberté de respirer", la FTBA (Freedom To Breath Agency). Elle a fait fabriquer des cartes pour ses adeptes afin de les dispenser du port du masque. Tout cela, évidemment, dans une parfaite illégalité. L'intéressée en a expliqué l'usage à BFMTV:

"Elle s'appuie sur les droits constitutionnels accordés par le 4ème amendement, qui dit que vous êtes propriétaire de votre corps. (...) C'est un formidable petit outil", se réjouit-elle.

Lenka Koloma se rend régulièrement dans des supermarchés sans masque, arborant fièrement le badge de sa vraie-fausse agence. Le 7 août, elle a menacé une employée qui l'enjoignait à porter un masque, lui expliquant qu'elle risquait des poursuites judiciaires pour atteinte, donc, à ses droits constitutionnels. Après intervention de la police, la militante a dû quitter les lieux. Elle fait désormais l'objet de pétitions demandant qu'elle soit poursuivie en justice.

"Je dois résister à une forte opposition. Mais c'est le prix à payer quand on est une combattante de la liberté", estime-t-elle, toujours sûre de son fait.