D'optimisme en alarmisme: comment l'exécutif a changé de ton sur la situation sanitaire en quelques jours

Le Premier ministre Jean Castex et le ministre de la Santé Olivier Véran, le 17 février 2021 à l'Elysée - AFP / Ludovic Marin
Le Covid-19 ayant imposé son métronome politique, il y a désormais des signes qui ne trompent pas. Ce jeudi, le Premier ministre Jean Castex doit prendre la parole lors d'une de ces conférences de presse dont le casting dit beaucoup. La semaine précédente, c'est le ministre de la Santé Olivier Véran qui s'en était chargé seul. L'heure était au plateau "très légèrement descendant", à la montée en puissance du déploiement des vaccins sur le territoire. Une vigilance teintée d'optimisme, même si les inquiétudes exprimées par Santé Publique France dans son point hebdomadaire laissaient présager une rechute.
En l'espace de quelques jours, le ton a brusquement changé. Et pour cause: les variants du virus détectés en Grande-Bretagne et en Afrique du Sud se répandent à vitesse grand V et remplacent peu à peu, comme le prévoyaient de nombreux infectiologues, la souche initiale du Sars-CoV-2. Confronté à cette soudaine aggravation de l'épidémie, le gouvernement a réagi en appliquant - pour l'instant - une stratégie localisée, dont les départements des Alpes-Maritimes et du Nord sont les premiers cobayes.
"8 à 10 jours"
Au lendemain du point presse d'Olivier Véran, le 19 février, Emmanuel Macron s'entretenait par visioconférence avec une quinzaine de parlementaires issus de sa majorité. Partant du constat que les scientifiques prévoyaient un mois de mars difficile, le chef de l'État a affirmé qu'il se laissait "8 à 10 jours" avant d'envisager de renforcer ou de relâcher les contraintes sanitaires.
Emmanuel Macron a évoqué les différents scénarios, y compris ceux, prévus pour plus tard, de la réouverture des commerces et des restaurants.
Dans une interview parue dans Sud-Ouest le même jour, Jean Castex s'est montré beaucoup moins équivoque. "On s'oriente vers un mois de mars compliqué", a-t-il insisté.
Plus prudent, le président de la République a estimé qu'"aucun scientifique ni politique n’est en mesure de prédire où nous en serons dans dix jours". Comme pour justifier sa décision - à rebours des préconisations d'experts - de ne pas reconfiner le pays, tout en rappelant qu'à tout moment, le virus pouvait redevenir maître des horloges.
Retour du beau temps
Ce moment n'a pas tardé à venir. Il y a d'abord eu le cas de la Moselle, mais en l'espace d'une dizaine de jours, Nice et Dunkerque ont vu flamber leur taux d'incidence de Covid-19. Dans la sous-préfecture du Nord, il est trois fois supérieur à la moyenne nationale, avec les trois quarts des cas relevant du variant dit "britannique". Les hôpitaux voient affluer des patients, souvent des jeunes, avec le risque, bien connu désormais, de saturation qui empêche de soigner d'autres maladies potentiellement graves.
Ce seuil d'alerte coïncide avec le retour du beau temps, des touristes ou simples flâneurs sur les plages et, à Paris, sur les quais de Seine. Les images d'un week-end ensoleillé dans la capitale, où des centaines se sont rejoints pour "boire un coup" ou retrouver un peu de sociabilité, ont rappelé combien le printemps était une période à très haut risque. Période à laquelle s'ajoute, après un an d'épidémie, le ras-le-bol à l'égard des mesures de restriction.
Situation "préoccupante"
Durant le week-end, plusieurs membres de l'exécutif ont mis en musique ce changement de ton. En déplacement à Nice samedi, Olivier Véran a martelé le constat que "la tendance sur les trois derniers jours" n'était pas bonne. Le lendemain au Grand jury RTL/Le Figaro/LCI, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a utilisé quasiment la même formulation. "La tendance n'est malheureusement pas à desserrer la contrainte", a-t-il ajouté.
Lundi, le ministère des Solidarités et de la Santé a adressé une circulaire aux établissements de soins, les appelant à se réorganiser et prévenant que la situation épidémique était "préoccupante".
La direction générale de la Santé a alors expliqué à BFMTV qu'il s'agissait "d'une démarche d'anticipation, qui tient compte d'une pression sanitaire de l'épidémie toujours forte".
Le même jour, le préfet des Alpes-Maritimes, avec l'accord du gouvernement, a annoncé un confinement partiel de sa zone littorale au moins pour deux semaines. Une première en France métropolitaine, seule la Guyane ayant été concernée par une telle mesure jusqu'à maintenant.
Après Nice, Dunkerque sous cloche
Le surlendemain, mercredi, ce fut au tour de Dunkerque d'être mise sous cloche les prochains week-ends, Olivier Véran accédant en personne à la demande pressante du maire, Patrice Vergriete. Dans sa ville, le taux d'incidence s'établissait lundi à 901 cas pour 100.000 habitants. Face aux médias, le ministre des Solidarités et de la Santé a jugé la situation épidémique "très inquiétante, alarmante même".
Et le locataire de l'avenue de Ségur d'évoquer la répétition d'un phénomène que nous avons connu au printemps dernier. Les hôpitaux locaux étant saturés, ils se voient contraints de "transférer désormais des malades dans d'autres hôpitaux de la région, et demain, c'est probable", ailleurs en France.
Le Grand Est, en particulier la Moselle, où les variants qui ont émergé en Afrique du Sud et au Brésil représentaient un tiers des contaminés la semaine dernière, concentre aujourd'hui tous les regards.
La situation mosellane pose au gouvernement le défi des spécificités territoriales, ce "cas par cas" risquant d'atteindre ses limites à mesure que l'épidémie s'aggravera en Île-de-France. Difficile d'imaginer, en effet, un confinement dans l'un des départements franciliens sans l'imposer dans tous les autres. À charge pour Jean Castex, ce jeudi à 18 heures, d'essayer d'instiller de la clarté dans un contexte qui redevient incertain.











