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INFOGRAPHIE. Covid-19: que sait-on de l'efficacité des vaccins sur les différents variants?

BFM Jeanne Bulant et Louis Tanca
Une infirmière s'apprête à vacciner un homme à Niteroi, Brésil, le 19 janvier 2021

Une infirmière s'apprête à vacciner un homme à Niteroi, Brésil, le 19 janvier 2021 - MAURO PIMENTEL © 2019 AFP

Les différents variants remettent-ils en cause la stratégie vaccinale actuelle? C'est ce que redoutent les autorités sanitaires françaises, qui viennent de suspendre les vols entre le Brésil et la France.

En France comme dans le reste du monde, les campagnes vaccinales s'accèlèrent pour tenter de faire reculer les contaminations. Mais l'émergence de nouveaux variants fait craindre une perte d'efficacité des différents vaccins mis au point et mis sur le marché ces derniers mois. De nombreux scientifiques redoutent que le Covid-19 soit désormais plus résistant aux vaccins, grâce aux nouvelles caractéristiques des variants.

En France, la variant d'origine britannique représente désormais 80% des contaminations, a fait savoir le ministre de la Santé mardi, tandis que les variants sud-africains et brésiliens ne représentent encore qu'"un peu moins de 4%" de l'ensemble des contaminations. Dans quelle mesure ces différentes mutations du virus sont-elles capables de contourner l'immunité générée par les vaccins présents sur le marché?

· Le variant britannique

À ce jour, la plupart des études internationales s'entendent sur le fait que tous les vaccins actuellement sur le marché restent efficaces contre le variant britannique B.1.1.7, mis au jour en septembre 2020. Le 8 avril dernier, Santé Publique France estimait dans un rapport sur "les risques liés au variants" que cette souche du virus n'avait "pas d'impact significatif sur l'échappement immunitaire", qu'il soit "post-infection ou post-vaccinal". En somme, ce variant britannique n'est pas susceptible de compromettre la reconnaissance des anticorps produits par le SARS-CoV-2, et il ne remet donc pas en question l'efficacité des vaccins.

En janvier dernier, les équipes de Moderna, tout comme celles de Pfizer/BioNTech, assuraient déjà que leur vaccin conservait la majorité de son efficacité contre le variant britannique, bien qu'elle soit amoindrie par rapport au virus initial. En effet, "la protection (du vaccin Pfizer/BioNtech) vis-à-vis du variant anglais est un peu plus faible dans les premières semaines après la première dose de vaccin", selon une étude israélienne publiée le 9 avril dernier.

Mais selon les deux sociétés américaine et allemande, les tests réalisés n'auraient pas "montré la nécessité de mettre au point un nouveau vaccin pour faire face aux variants émergents". Toutefois, Pfizer et BioNTech planchent actuellement sur une troisième dose en vue d'un renforcement immunitaire face aux variants.

La Haute Autorité de Santé (HAS), elle, estimait au mois d'avril que les vaccins AstraZeneca et Johnson & Johnson restaient "actifs" contre la souche anglaise.

· Le variant sud-africain

Le variant sud-africain est considéré par les scientifiques comme l'un des plus préoccupants, dans le sens où il a montré qu'il pouvait en partie contrer les défenses immunitaires développées après avoir été vacciné. Mais à ce stade, les différentes études réalisées divergent sur le niveau d'efficacité des vaccins face à cette mutation.

Le vaccin Pfizer/BioNTech pourrait notamment être moins efficace contre le variant sud-africain, selon une étude israélienne menée par l'université de Tel-Aviv et Clalit, publiée samedi, mais pas encore validée par des pairs. Les chercheurs, qui ont comparé 400 personnes non vaccinées ayant contracté le virus et 400 autres partiellement ou totalement vaccinées l'ayant aussi contracté, se sont aperçus que le variant sud-africain était "capable, dans une certaine mesure, de franchir la protection du vaccin", selon les mots d'Adi Stern, professeure à l’université de Tel-Aviv et co-auteure de l’étude.

Au mois de janvier 2021, les chercheurs de Moderna affirmaient eux aussi que les tests avaient montré "une réduction par six" des niveaux d'anticorps neutralisants sur ce variant, bien que les niveaux d'anticorps "restent au-dessus de ce qui est attendu comme nécessaire pour procurer une protection".

Si les chercheurs de Johnson & Johnson affirment eux que leur vaccin est "sûr" contre cette mutation, il n'existe pas encore d'étude recoupant cette information. Enfin, une étude de l'université de Johannesburg affirme que le vaccin AstraZeneca offre une "protection limitée contre les formes modérées de la maladie dues au variant sud-africain, chez les jeunes adultes".

Pour cette raison, l'Ordre des médecins de Moselle a exprimé lundi son "incompréhension" face à la décision de l'ARS et de la préfecture de continuer à vacciner avec ce sérum britannique, alors que la Haute autorité de santé (HAS) avait d'abord recommandé de ne plus utiliser ce vaccin, trop peu efficace contre le variant sud-africain actif dans le département.

· Le variant brésilien

D'après le dernier rapport d'analyse de Santé Publique France sur les risques liés au variants, le variant brésilien P.1 (le seul à circuler en France à ce jour) a bel et bien "un impact" sur l'échappement de l'immunité, bien qu'on n'en connaisse pas encore l'étendue. Une version confirmée mardi sur BFMTV par le professeur de virologie et membre du Conseil scientifique Bruno Lina, qui explique qu'"on est face à un virus qui échappe partiellement à la réponse immunitaire". Selon lui, le virus "présente un certain nombre de mutations qui peuvent entraîner un échappement immunitaire", mais celui-ci n'est "que partiel", rassure-t-il.

En effet, plusieurs études préliminaires suggèrent que les anticorps produits par les vaccins sont moins efficaces sur cette nouvelle souche brésilienne que sur les autres mutations.

L'une d'entre elles, réalisée par l'Institut Pasteur et publiée vendredi dans la revue Nature Medicine, révèle que des anticorps sont bien produits après injection des vaccins Pfizer/BioNTech, mais qu'ils sont "moins efficaces contre le variant brésilien" ou sud-africain, alors qu'ils sont "presque aussi efficaces contre le variant anglais" que contre la souche classique. C'est aussi le constat fait par une étude préliminaire de l'université de Cambridge et publiée le 2 février dernier dans le New England Journal of Medicine.

Une récente étude américaine, elle, considère que 5 à 7 fois plus d'anticorps vaccinaux pourraient être nécessaires pour neutraliser le variant brésilien par rapport à la souche originelle du virus. Des chercheurs du Massachussets General Hospital de Boston (MGH) soulignaient, dans une étude publiée dans la revue scientifique Cell le 12 mars dernier, que les vaccins à ARN messager (à savoir Pfizer et Moderna) se révélaient "significativement moins efficaces" contre les variants, et en particulier contre la souche brésilienne. Quant au vaccin britannique AstraZeneca, la Haute Autorité de santé indique qu'il aurait également une "efficacité réduite" sur le variant brésilien.

Quoi qu'il en soit, plusieurs fabricants de vaccins tels que BioNTech ou encore Moderna s'attellent désormais à élaborer de nouvelles versions de leur vaccin, adaptées aux différents variants.