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Covid-19: le dérémboursement des tests antigéniques prévu "après la période épidémique" actuelle

BFM Juliette Brossault
Test antigénique pratiqué à Paris, le 6 juillet 2022. Photo d'illustration

Test antigénique pratiqué à Paris, le 6 juillet 2022. Photo d'illustration - AFP

Près de deux ans après la levée de l'état d'urgence mondiale décidée par l'OMS, le gouvernement souhaite revoir les conditions de remboursement des tests de dépistage du Covid-19. Une annonce qui pose problème aux pharmaciens alors qu'une épidémie de grippe sévit en France.

"Une décision incompréhensible en pleine période épidémique". L’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) a dénoncé dans un communiqué ce mercredi 15 janvier un projet d'arrêté visant à mettre fin au remboursement des tests antigéniques contre le Covid-19 alors que la France traverse une période d'épidémies hivernales.

"Ces mesures arrivent à un moment critique, en pleine épidémie de grippe et de bronchiolite en France, alors que les hôpitaux sont déjà saturés, que les plans blancs se multiplient, et que les cabinets médicaux peinent toujours à absorber la demande des patients", souligne le communiqué.

"Si on doit faire payer les tests aux patients, ils ne le feront plus et des tas d'infections passeront à l'as", déplore auprès de BFMTV Pierre-Olivier Variot, président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine.

Faire rentrer la stratégie contre le Covid-19 "dans le droit commun"

La volonté du ministère de la Santé? Faire rentrer "la stratégie nationale de prévention et de gestion relative aux infections respiratoires aigües d'origine virale (IRA), dont le Covid-19, (...) dans le droit commun", indique à BFMTV la direction générale de la Santé.

Actuellement, les tests antigéniques Covid-19 sont les seuls tests rapides - qui dépistent les infections respiratoires aiguës - à être en partie remboursés par l'Assurance maladie à hauteur de 16,5 euros. Tout comme les tests combinés qui permettent à la fois de détecter le Covid-19 et la grippe et parfois aussi la bronchiolite. Pour ces derniers, le patient doit actuellement payer un surcoût lié au dispositif médical de 3 euros.

Ainsi, le ministère de la Santé veut mettre fin au remboursement des tests antigéniques et de ces tests combinés, tous deux appelés TROD, tests rapides d'orientation diagnostique. "Les pharmaciens pourront continuer à réaliser des TROD Covid en officine, tout comme fournir des autotests, à la demande des patients, mais ces derniers ne seront plus pris en charge par l’Assurance maladie", a déclaré la direction générale de la Santé à BFMTV.

Pour les tests combinés, "si la prise en charge est supprimée, les patients vont devoir payer 19,5 euros de leur poche", déplore Guillaume Racle, conseiller économiste de l'Uspo, auprès de l'AFP.

Pour le syndicat de pharmaciens, le "déremboursement des tests antigéniques va priver les patients d’un outil essentiel pour dépister précocement et efficacement les infections respiratoires".

L'Upso, qui appelle "le gouvernement à revenir au plus vite sur ce projet d’arrêté", perçoit cette décision comme "un véritable coup de poignard dans le dos des professionnels de santé", "alors que le Ministère appelle à une mobilisation renforcée autour de la vaccination antigrippale face à l’épidémie".

Des tests PCR remboursés sous prescription médicale

Concernant les tests virologiques RT-PCR, l'arrêté prévoit de conditionner leur remboursement par l'Assurance maladie à la détention d'une prescription médicale, y compris pour les personnes à risque.

"Concernant les personnes vulnérables à risque de développer une forme grave, le recours à un test RT-PCR du Covid-19 est recommandé, pour confirmer le virus en cause et adapter la prise en charge, le cas échéant. Une prescription médicale est dans ce cas nécessaire pour permettre le remboursement", nous détaille la DGS.

Ces nouvelles règles "n’interviendront qu’après la période épidémique dans laquelle nous nous trouvons actuellement", précise le ministère affirmant qu'il n'y a pas encore de date fixée.

À noter qu'aucun changement n'est prévu pour les tests rapides qui vérifient la nature bactérienne ou virale des angines, réalisés dans les officines. Ils "sont pris en charge depuis juin 2024 et le demeurent", ajoute la DGS.

Et pour cause: "contrairement aux tests de dépistage du Covid-19, ils permettent d'indiquer à l'officine la prescription d'un antibiotique et participent à ce titre aux mesures de bon usage des antibiotiques et la lutte contre l'antibiorésistance".

Une dissonance avec les propos de François Bayrou?

Le président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine juge ce projet "incompréhensible" vu les propos tenus par le Premier ministre dans son discours de politique générale ce mardi. François Bayrou a dit revoir à la hausse les dépenses d'assurance maladie à hauteur "d'un milliard d'euros" et annuler le déremboursement partiel des médicaments et des consultations médicales.

"On ne peut pas dire aux patients de la France entière qu'il n'y aura pas de déremboursement et que ces tests-là soient déremboursés, c'est complètement absurde", lance Pierre-Olivier Variot. "Je ne vois pas le but médicalement parlant et je ne vois pas le but politiquement parlant".

De son côté, la Fédération des Syndicats pharmaceutiques de France ne se montre pas surprise dans la mesure où la pandémie de Covid est officiellement derrière nous, mais elle plaide pour une alternative de prise en charge plus ciblée.

"Il serait utile, pendant les épidémies hivernales de syndromes respiratoires, de maintenir un remboursement des tests qui combinent à la fois la détection de la grippe, du Covid, et du virus de la bronchiolite pour la population fragile, c'est-à-dire les plus de 65 ans et les patients et personnes en affection de longue durée", a déclaré à l'AFP son président Philippe Besset.