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"C'est pas possible": les soignants du CHU de Cambrai s'inquiètent d'un déconfinement prématuré

BFM Hugues Garnier , Journaliste BFMTV
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L'hôpital de Cambrai a vu ses capacités en réanimation doubler depuis le début de la crise. Pour le personnel soignant, la tension hospitalière demeure bien trop forte pour envisager une réouverture du pays dans les prochaines semaines.

Au centre hospitalier de Cambrai (Nord), la perspective d'une sortie progressive des mesures de restrictions ne passe pas. L'établissement de santé est loin d'observer une décrue de l'épidémie et le service de réanimation ne désemplit pas.

"Là, c'est un rythme bien soutenu (...) psychologiquement ça devient difficile", témoigne auprès de BFMTV Gabriel Iacono, infirmier de réanimation. "C'est long, on a eu des décès, ça devient très compliqué de pouvoir gérer."

104 admissions en service de réanimation ont été enregistrées dans cet hôpital depuis le début de l'année, bien plus qu'entre septembre et décembre 2020 (39). Le nombre de lits en soins critiques a dû être revu à la hausse et même si l'hôpital en compte aujourd'hui deux fois plus, un patient sortant est aussitôt remplacé par un nouveau malade.

"On termine une vague et on va peut-être en avoir une nouvelle"

Difficile pour Manon Parmentier, également infirmière de réanimation, d'imaginer que le gouvernement veuille rouvrir face à cette forte tension hospitalière.

"C'est pas possible", confie-t-elle, émue. "Je pense qu'ils ne sont pas du tout ici, avec nous, pour voir comment ça se passe réellement sur le terrain."

Avec 3425 hospitalisations et 671 patients admis en service de réanimation selon Santé publique France, les Hauts-de-France figurent encore parmi les régions les plus touchées par l'épidémie. Si une "décroissance" de l'épidémie est amorcée, le plateau haut sur lequel se situe l'hôpital de Cambrai ne permet pas de rouvrir l'accès aux visites, impossibles depuis février.

"C'est très compliqué de se dire qu'on termine une vague et qu'on va peut-être en avoir une nouvelle. On est inquiets", réagit Roxanne Druesne, cadre de santé du service d'hémodialyse, à quelques heures d'une interview d'Emmanuel Macron dans la presse régionale, dans laquelle le président doit dévoiler son plan de déconfinement.

"On essayera de répondre présents"

L'exécutif entend toutefois bien suivre son calendrier de réouverture et présenter en détail vendredi son plan de sortie de crise. Selon le Premier ministre Jean Castex, la situatique épidémique continue "de s'améliorer à un rythme régulier" alors que le nombre de malades hospitalisés est repassé sous la barre des 30.000 patients - une première depuis début avril.

"Il y a la pression sur le corps médical, sur les hôpitaux, mais il y a aussi la vie sociale tout autour. On le comprend on essayera de répondre présents, tant qu'on a la possibilité d'augmenter en capacité, on continuera", conclut Mostapha Hajjar, chef du service de réanimation.