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Arrêt cardiaque: "Tout le monde est capable de sauver une vie"

BFM Alexandra Gonzalez
Il existe plus de 100.000 défibrillateurs en libre-accès en France dans les lieux publics.

Il existe plus de 100.000 défibrillateurs en libre-accès en France dans les lieux publics. - -

La "mort subite" est la première cause de mortalité des moins de 50 ans en France. Or, de bons réflexes permettraient de sauver énormément de vies. A l'occasion de la Journée européenne de sensibilisation à l'arrêt cardiaque, BFMTV.com fait le point.

"Face à un arrêt cardiaque, la plupart des gens se disent: "Je ne vais pas savoir quoi faire, je vais le faire mal, je vais le tuer!" C'est l'exact inverse. Au pire, vous ne pouvez que sauver une vie." Le Dr Jean-Jacques Monsuez, cardiologue (*), en est convaincu: il n'y a pas de mauvais geste quand une personne fait un arrêt cardiaque.

Chaque année, en France, près de 50.000 personnes en meurent prématurément, souvent sans symptôme annonciateur, soit plus d'une centaine de morts chaque jour. Des vies brutalement arrachées que des bons réflexes auraient pu sauver. A l'occasion de la Journée européenne de sensibilisation à l'arrêt cardiaque, mercredi, BFMTV.com revient sur ce qu'il faut savoir.

> A quoi ressemble un arrêt cardiaque?

La personne tombe brutalement à terre, est inconsciente, ne réagit pas aux claques. Surtout, elle ne respire plus. Il faut alors agir très vite: c'est un arrêt cardiaque. Chaque seconde compte, car le cœur n'éjecte plus de sang. Il y a encore une activité électrique dans le muscle cardiaque, mais elle est complètement désynchronisée. "Et lorsque cette activité électrique disparaît complètement, au bout de quelques minutes, apparaît alors le "tracé plat". Là, en général, il n'y a plus rien à faire", explique le Pr Alexandre Mignon, anésthésiste-réanimateur (*).

> Quels sont les gestes qui sauvent?

Appeler les secours - Masser - Défibriller. Ces trois mots sont le "mantra" à appliquer lors d'un arrêt cardiaque, le temps que les secours arrivent. Pour faire un massage cardiaque, "il ne faut pas avoir peur d'improviser", assure le Pr Mignon. " Il faut placer ses mains au centre du thorax, et appuyer très vite de toutes ses forces, jusqu'à 100 fois par minute".

Et dès qu'un défibrillateur est accessible, il suffit de suivre les instructions dictées à haute voix par l'appareil: installer des électrodes sur le thorax du patient, et attendre. L'appareil détecte seul s'il convient d'envoyer un choc électrique ou non, vous n'avez rien à décider. On est loin des scènes impressionnantes des séries télévisées.

Depuis 2006, quelque 100.000 défibrillateurs ont été installés dans les lieux publics en France. L'association RMC-BFM, très engagée dans cette cause, a d'ailleurs lancé une application gratuite, "Arrêt cardiaque", qui permet de géolocaliser le défibrillateur le plus proche.

> Si on ne connaît pas ces gestes, faut-il s'abstenir?

Surtout pas! "Ce qui compte, c'est de faire quelque chose", insiste le Pr Mignon. Le massage cardiaque, tout comme l'usage du défibrillateur, font souvent peur aux "novices".

Mais comme le rappelle le Dr Monsuez, aucun geste ne peut aggraver l'état du "malade". "Je me rappelle d'un adolescent qui s'était noyé dans une piscine. Ses copains l'ont sorti de l'eau et se sont mis à lui faire le pire massage cardiaque qu'il soit! Quand les pompiers sont arrivés, ils ont repris le relais. Le jeune homme s'en est tiré avec un hématome au foie, dû au massage de ses amis. Je n'ai jamais oublié sa joie d'avoir cet hématome. Cela voulait dire pour lui qu'il était en vie, grâce à ses copains."

> Qui peut être victime d'un arrêt cardiaque?

On a coutume de dire que la victime d'un arrêt cardiaque est souvent un homme, âgé de 60 ans, qui présente des facteurs de risques comme le tabagisme, l'hypertension artérielle, le cholestérol, ou encore le surpoids. "Mais aujourd'hui, cela survient également chez les femmes, à partir de 65 ans", note le Dr Monsuez. Ces arrêts cardiaques, les plus fréquents -8 cas sur 10-, sont dus au fait que les artères coronaires - qui irriguent le cœur - se bouchent petit à petit, voire même brutalement à cause d'un caillot.

Il arrive aussi que des jeunes, voire même des enfants, soient soudainement foudroyés, souvent lors d'un effort physique intense. Dans ce cas-là, la cause est une malformation du muscle cardiaque, ou des troubles du rythme congénitaux, que l'on peut dépister quand il y a déjà eu des "morts subites" dans la famille.

> Peut-on vraiment sauver des vies?

Les deux cardiologues interrogés par BFMTV.com sont formels: les bons gestes sauvent réellement. "Grâce à ces réflexes, une femme aura encore son époux à table chaque soir, un enfant aura encore son papa à ses côtés, des parents auront encore leur enfant avec eux", insiste, non sans émotion, le Dr Monsuez.

Ces dernières années, le taux de survie est passé de 2,7% à 5,3% grâce à l'installation de défibrillateurs dans des lieux publics. A Seattle, aux Etats-Unis, où les habitants ont pour la plupart été formés, ce taux de survie bondit à plus de 40%. Les enjeux sont donc immenses.

(*) Le Dr Jean-Jacques Monsuez est médecin cardiologue et membre du comité scientifique de l'association RMC-BFM. Le Pr Alexandre Mignon est anésthésiste-réanimateur à l'hôpital Cochin.

|||L'association RMC-BFMTV en première ligne

Mobilisée depuis plusieurs années dans cette lutte, l'association RMC-BFMTV s'engage aux côtés de la députée européenne chypriote Antigoni Papadopoulou, à l'origine de la première Journée européenne de sensibilisation à l'arrêt cardiaque, le 16 octobre 2013.

L'association va piloter plusieurs initiatives à Paris et Bruxelles, mobiliser les parlementaires européens à cette cause lors d'une table ronde, et former une centaine de jeunes élèves aux gestes de premier secours.