BFM

Woerth: « Les fonctionnaires ne gagnent pas assez ! »

BFM La rédaction-Bourdin & Co
Jean-Jacques Bourdin recevait Eric Woerth, Ministre du Budget et de la Fonction Publique

Jean-Jacques Bourdin recevait Eric Woerth, Ministre du Budget et de la Fonction Publique - -

Téléchargez la nouvelle application BFM
Eric Woerth, Ministre du Budget et de la Fonction Publique s’exprime sur le besoin de réévaluer les salaires de la fonction publique par le mérite…

J-J B : Commençons par parler d’EADS. Est ce que vous imaginez la caisse des dépôts et consignations acheter pour 600 millions d’euros d’actions sans l’aval du Ministère des Finances ?
E W : Je ne peux pas m’exprimer la-dessus parce que tout d’abord les uns et les autres sont auditionnés par les Commissions Parlementaires concernées. Il y a des Ministres en charge de ce sujet mais ce n’est pas le mien.

J-J B : Mais vous êtes à Bercy quand même, vous savez comment ça se passe ?
E W : Mais chacun doit rester dans son domaine et dans sa matière. Christine Lagarde est responsable de cela, elle a d’ailleurs mandaté une enquête de l’inspection générale des finances.

J-J B : Elle a eu raison ?
E W : Bien sûr qu’elle a raison. Il faut éclaircir ce qu’il s’est passé. On doit avoir une situation absolument claire sur le sujet.

J-J B : « Ou M. Breton ment, ou c’est un incompétent » dit François Chérèque…
E W : Je ne veux pas rentrer dans ce genre de chose,. Il y a une enquête, on saura la vérité très vite, les parlementaires font ce qu’ils ont à faire. En tout cas il doit y avoir toute la clarté sur le sujet.

J-J B : Il est peut-être prévu de taxer les stock-options pour financer la Sécurité Sociale, c’est une bonne idée ou pas ?
E W : On verra de quelle teneur sera l’amendement mais c’est une bonne idée en soit. Le Président et le Premier Ministre l’ont d’ailleurs rappelé. Dans les stock-options il y a deux choses : D’un côté, il y a ce que paie celui qui en bénéficie, il est taxé normalement, peut-être même au-dessus de ce qui se passe dans d’autres pays. De l’autre côté, il y a le patron qui lui a très peu de cotisations, quasiment rien du tout. L’idée est donc de remettre cela à niveau. Il faut aussi que ça reste compétitif et que la distribution reste possible. C’est pour ça qu’il est bien de regarder ce qu’il se passe aussi dans d’autres pays. Ce n’est pas uniquement les stock-options mais aussi les distributions gratuites d’actions qui sont elles aussi très souvent employées. Chaque revenu extra-salarial doit participer au financement de la Sécurité Sociale.

J-J B : La taxation des stock-options est donc acquise ?
E W : C’est encore une option puisque ce n’est pas dans le texte. J’imagine qu’il y aura des amendements et l’on va regarder ça de près et plutôt avec un regard bienveillant. Sans toucher à la compétitivité de la place de pari car il faut aussi que les entreprises continuent à pouvoir faire cela parce que ça améliore d’une certaine façon le rapport entre l’entreprise et ses salariés.

J-J B : Vous savez que le Medef n’est pas très content ?
E W : Oui mais dans ce domaine là personne n’est jamais content d’un changement de système ; ce qui est très important c’est de faire en sorte que les systèmes que nous mettons en œuvre soient à la fois justes et en même temps qu’ils ne nuisent pas à la compétitivité des entreprises.

J-J B : Parlons des fonctionnaires, vous avez commencé à les rencontrer ; les syndicats disent « avant d’engager vraiment toute concertation sur l’avenir et notamment sur des changements dans la façon de rémunérer les fonctionnaires, il faut absolument faire un effort pour 2007 ». Est ce que vous êtes prêt à augmenter le point d’indice pour 2007, est ce que vous êtes prêt à faire un effort ?
E W : On a lancé une série de conférences. C’est à dire des lieux de dialogues sur les valeurs de la fonction publique. C’est pour se dire que depuis 1946 il y a un statut, il faut savoir quelle sont les valeurs que porte aujourd’hui un fonctionnaire comme la mobilité, la responsabilité, et tout ça doit donner lieu à des modifications. D’une certaine façon il faut remettre au goût du jour le rôle et les statuts du fonctionnaire.

J-J B : Les syndicats semblent prêts à ça mais s’interrogent sur leur pouvoir d’achat…
E W : Je n’ai pas voulu édulcorer le sujet puisque j’ai lancé une conférence aussi sur le pouvoir d’achat et sur le dialogue social la semaine prochaine. Sur le pouvoir d’achat, je remarque que ça fait dix ans qu’il n’ a plus d’accord salarial dans la fonction publique ce qui n’est pas normal. Il y a donc quelque chose qui ne va pas. D’un côté l’état employeur augmente et de l’autre les organisations syndicales disent en générale qu’elles ne sont pas d’accord et c’est comme ça depuis dix ans. Il faut en sortir, et l’idée de la conférence sur le pouvoir d’achat c’est de parler d’aborder le sujet. Se poser des questions comme : Qu’est ce que la rémunération d’un fonctionnaire et de quoi est elle composée ? Elle est composée du point d’indice et c’est souvent là dessus que les syndicats mettent l’accent. Elle est aussi composée du glissement vieillesse technicité, c’est-à-dire la prise en compte de l’expérience, de l’ancienneté des fonctionnaires. Il y a aussi l’action sociale qui est menée, et tout cela donne en bout de feuille de paye un chiffre. Nous on a envie de regarder ce chiffre puisque c’est celui là qui compose la rémunération alors que les organisations syndicales souhaitent d’une certaine façon limiter la discussion uniquement au point d’indice, considérant qu’il est plus égalitaire.

J-J B : Est ce que le chiffre dont vous parlez, en bas de la feuille de paie, en 2007, est plus élevé qu’en 2006 ?
E W : Le chiffre est plus élevé qu’en 2006/ L’Etat a consacré 2.9 milliards d’euros de plus en 2007 par rapport à 2006 pour payer les fonctionnaires. Prenons un cas concret, un instituteur qui est devenu professeur des écoles, ce qui veut dire qu’il est passé de la catégorie B à la catégorie A, a donc plus d’avantages, et de ce fait est mieux payé. Au bout du compte, il va gagner en pouvoir d’achat. Il y a eu une augmentation du point d’indice en février 2007. Les organisations syndicales estiment que l’augmentation du point d’indice c’était pour le rattrapage de 2006. Alors qu’en 2007 il a une d’augmentation de 0.8% du point d’indice. Il faut prendre en compte qu’il y a eu aussi ce glissement vieillesse technicité et cette prise en compte de l’ancienneté qui équivaut à 1.6 milliards d’euros distribués c’est-à-dire 50% de l’augmentation. Et c’est plus que le point d’indice. Donc tout ça donne sur 2007, une augmentation d’à peu près 3.5% si vous retirez l’inflation.

J-J B : Est ce que vous allez revenir sur 2007, est ce que vous allez accorder un petit plus ?
E W : Oui, on va revenir ; puisque les organisations syndicales considèrent qu’on aurait pu faire plus en 2007. on va en discuter en marge de la conférence sur le fond, on va faire un effort, on va regarder ce qu’il se passe et quelles mesures on peut prendre, des mesures concrètes, ciblées, qui réparent un certain nombre d’injustices. On va discuter sur un certain nombre d’idées à avoir d’ici à la fin du mois d’octobre.
J-J B : Certains fonctionnaires vont donc être augmenté ?
E W : Nous allons en discuter d’ici la fin du mois d’octobre et nous proposerons un certain nombre d’améliorations. Il n’est pas vrai de dire que le fonctionnaire ne connaît pas d’augmentation puisqu’il y en a une chaque année. Sauf que nous avons envie que le pouvoir d’achat augmente pour tous les français et les fonctionnaires y compris. Mais pour que ce soit le cas il faut vraiment en discuter sur le fond et par exemple renvoyer aux fonctionnaires les économies que nous faisons en limitant les effectifs de la fonction publique et ce sera le cas dès 2008.

J-J B : Franchement est ce que les fonctionnaires à vos yeux sont bien payés en France ?
E W : Je crois qu’en France il y a un problème de pouvoir d’achat, je fais partie d’un Gouvernement qui l’a mis au cœur de son action donc je suis vraiment le premier à le dire. Les fonctionnaires ne gagnent pas assez ! Ces 10 ou 15 dernières années la France a perdu en pouvoir d’achat par rapport à d’autres pays et il faut prendre des mesures structurelles. Un fonctionnaire territorial est par exemple moins bien payé qu’un fonctionnaire public d’état ou hospitalier donc il y a des situations extrêmement différente. Il y a un problème global de pouvoir d’achat, il faut pouvoir vraiment s’attaquer à cela et il faut le faire d’une façon juste.

J-J B : Vous allez donc revoir les fonctionnaires pour parler pouvoir d’achat à la fin du mois, vous allez faire un effort pour 2007, mais ensuite, il va falloir revoir le fonctionnement de la fonction publique en général et notamment ses rémunérations. Vous voulez introduire la rémunération de mérite ? Changer la fonction publique c’est l’objectif ?
E W : Oui, changer en bien, faire en sorte que l’on vive dans son temps. Il y a un certain nombre de points qui doivent être un peu changés. Je prends l’exemple de la rémunération qui a été évoqué par le Président de la République dans son discours de Nantes. Il y a une partie qui doit être considérée comme une rémunération un peu anonyme d’une certaine façon : Qui que vous soyez vous avez une augmentation qui vous garanti un certain nombre de choses comme l’inflation par exemple. Il faut aussi une augmentation qui dépende de votre métier et selon l’évaluation qu’on en fait.

J-J B Mais comment vérifier le mérite ?
E W : Mais ça se fait toujours, il faut juste que ça ne se fasse pas à la tête du client. Il faut que les fonctionnaires soient évaluer, il y a des corps d’inspection pour ça.

J-J B : Dans les écoles par exemple c’est le chef d’établissement qui dira qui il faut mieux payer ?
E W : Ce sera systématiquement des gens qui connaissent le métier. On est évalué, je pense qu’il faut que chacun ait des entretiens avec son patron, il faut que chacun sache sur quoi il est jugé ; on doit donc fixer des objectifs et voir si on a pu les atteindre.

J-J B : Elle pourrait représenter combien cette augmentation de mérite ?
E W : Ça il faut qu’on en discute. Cela doit être évidemment significatif mais rien n’est fixé. Il y a aussi des mesures catégorielles, c’est-à-dire qu’à un moment donné, tel ou tel métier soumit à des tensions doit pouvoir être revaloriser à un moment donné. J’appelle à une dédramatisation du rapport entre l’organisation syndicale et l’Etat employeur. Il doit y avoir une signature, à un moment donné, quand on négocie avec quelqu’un. Il faut qu’on essaye de se mettre d’accord et, si on y parvient, alors il faut qu’on signe et que l’on s’engage.

J-J B : L’Etat est en faillite ou pas ?
E W : L’Etat connaît des difficultés financières importantes. Il connaît des déséquilibres financiers qui sont importants et nous devons en 2012 (c’est l’objectif fixé par le Président devant nos amis européens) revenir à l’équilibre des finances publiques. Pour y parvenir je propose qu’on divise par deux le rythme d’évolution de la dépense publique. Depuis dix ans, la dépense publique, en volume augmente de 2.2%. Pour parvenir à un équilibre il faut qu’on diminue la dépense publique de moitié c’est à dire revenir à environ 1% de croissance de la dépense publique en volume.

J-J B : La TVA Sociale est oubliée ou pas ?
E W : Il y a beaucoup de réflexions en ce moment. Le Gouvernement doit réfléchir notamment au financement de la protection sociale. Comment finance t on la protection sociale ? Finalement, quelle est l’assiette du financement de cette protection sociale ? Est ce que c’est le travail, et à ce moment là on renchérit le coût du travail, ou est ce que ça peut être d’autres manières d’obtenir les cotisations nécessaires au financement de notre protection sociale ?

J-J B : Et d’autres manières ça peut être quoi ?
E W : Par exemple Martin Hirsch réfléchit au bouclier social. La TVA Sociale est un très mauvais terme parce qu’il donne l’impression qu’on veut augmenter la TVA alors que ce n’est pas le cas, on veut diminuer les cotisations pesant sur le travail. C’est ça l’objectif, tout ça est en cours, le Président a appelé à une réflexion approfondie sur le premier semestre 2008 des modalités du financement de la protection sociale. On ne peut pas continuer avec des déficits comme les nôtres. Si on ne fait rien aujourd’hui, vous avez l’année prochaine 14 milliards d’euros de déficits dans l’assurance maladie et dans la vieillesse. Avec ce qu’on fera, on va repasser à 8.9 milliards, c’est encore beaucoup trop et ce n’est pas acceptable et ça ne protège pas la Sécurité Sociale. Il faut donc aller encore plus loin.

J-J B : En tout cas vous avez décidé pour l’instant de faire payer les français avec des franchises médicales...
E W : Les franchises c’est un système de responsabilité, qui est appliqué dans tous les pays. C’est aussi un système qui permet de financer les dépenses supplémentaires parce qu’il y en a tous les ans et c’est pour ça qu’on est en déficit. On ne le dit jamais mais dans cette franchise il y a un plafond à 50 euros et il y a des personnes qui en sont exemptées et c’est donc une mesure juste.